Le monde court après le temps. Alors que les températures grimpent et que les impacts du changement climatique se font chaque jour plus visibles, la course à la transition énergétique s'accélère. Dans ce contexte, les Contributions Déterminées au niveau National (CDN) deviennent plus qu'un simple engagement sur le papier : elles sont le baromètre de notre capacité collective à transformer les ambitions climatiques en actions concrètes. Mais attention aux raccourcis : certaines innovations séduisent par leur promesse immédiate, sans garantir un véritable impact durable. Des biocarburants aux technologies de refroidissement, en passant par l'intelligence artificielle, la ligne entre progrès réel et « fausse solution » est mince. Face à ces défis, la troisième génération de CDN, comme celle du Maroc, illustre une approche pragmatique : des objectifs ambitieux de réduction des émissions, une transition énergétique planifiée et socialement équitable, et une intégration cohérente avec le développement économique et la justice sociale. Cet article explore ces ambitions, confronte les promesses aux réalités et interroge : comment accélérer la transition énergétique sans se laisser piéger par des solutions qui semblent vertes, mais ne le sont pas vraiment ?
Dans le cadre de l'Accord de Paris, les pays doivent présenter régulièrement des contributions déterminées au niveau national (CDN, ou NDC en anglais), c'est-à-dire leurs engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et renforcer leur adaptation aux impacts climatiques. Ces contributions sont révisées et renforcées tous les cinq ans, dans le cadre d'un cycle de mise à jour quinquennal visant à augmenter progressivement l'ambition collective.
Pour suivre ces engagements, les pays soumettent des rapports biennaux de transparence (BTR, Biennial Transparency Reports), qui détaillent les politiques et mesures mises en œuvre pour atteindre leurs objectifs d'atténuation et d'adaptation. La CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, l'organisation internationale qui supervise l'Accord de Paris) a publié un rapport de synthèse basé sur 101 BTR [1], recensant environ 3 404 politiques différentes actuellement appliquées dans le monde. Plus de 60 % de ces politiques concernent les secteurs de l'énergie et des transports, les principaux responsables des émissions.
Une mise à jour récente du rapport de synthèse [2] sur les NDC inclut 86 soumissions de CDN à ce jour, et montre que si les pays respectent leurs engagements, les émissions mondiales seront environ 12 % plus faibles d'ici 2035 par rapport à 2019. Sans ces engagements, les émissions continueraient d'augmenter, avec une hausse estimée entre 20 et 48 % par rapport aux niveaux de 2019.
Cette évaluation met en lumière l'importance de la présentation attendue des CDN de troisième génération (CDN 3.0) lors de la COP30, qui sont les contributions les plus ambitieuses à ce jour. Les résultats des BTR montrent les efforts déjà accomplis, tandis que les CDN 3.0 permettront de rehausser les ambitions pour 2035, en assurant que chaque pays adapte ses politiques, notamment dans l'énergie et les transports, pour limiter le réchauffement climatique.

Le Maroc a soumis sa troisième Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0) en septembre 2025, avant la COP30 tenue en novembre 2025 [3]. La CDN 3.0 du Maroc fixe des objectifs ambitieux de réduction des émissions : Réduction totale de 53 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2035 par rapport à un scénario de référence sans mesures supplémentaires---21,6 % de réduction inconditionnelle (financée sur ressources nationales); 31,4 % de réduction conditionnelle (dépendante du soutien international).
La CDN 3.0 du Maroc intègre désormais une vision stratégique alignée sur les grands plans nationaux de développement et de transition énergétique, notamment :
Plan global du Maroc visant à concilier croissance économique, protection de l'environnement et équité sociale d'ici 2035. L'idée est que les politiques climatiques ne soient pas isolées, mais intégrées dans le développement économique et social du pays. Par exemple, développer les énergies renouvelables ne sert pas seulement à réduire les émissions, mais aussi à créer des emplois locaux et à renforcer l'accès à l'électricité dans les régions rurales. De cette façon, le développement économique, la justice sociale et la protection de l'environnement avancent ensemble et de manière cohérente.
Feuille de route à long terme pour réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre et atteindre une économie à faible carbone d'ici 2050, en transformant les secteurs clés comme l'énergie, les transports et l'industrie.
Dans ce cadre, la CDN 3.0 comporte plusieurs axes d'action prioritaires :
En résumé, la CDN 3.0 combine objectifs de réduction des émissions et mesures concrètes d'adaptation, tout en s'alignant sur les plans nationaux à court et long terme pour garantir que l'action climatique contribue au développement durable et à une transition énergétique juste.
Lors du Sommet de haut niveau des dirigeants mondiaux (Leaders Summit, qui se tient en parallèle de la COP30, généralement réservé aux chefs d'État et de gouvernement), le Brésil, l'Inde, l'Italie et le Japon ont approuvé leurs engagements envers un nouvel accord sur les biocarburants, appelé le Belém 4X Pledge on Sustainable Fuels (engagement Belém 4X pour les carburants durables), annoncé pour la première fois en octobre [4]. Cet engagement vise à quadrupler l'utilisation mondiale de biocarburants durables (carburants produits à partir de matières organiques renouvelables, comme les plantes ou les déchets agricoles, qui émettent moins de gaz à effet de serre que les carburants fossiles) d'ici 2035 par rapport à 2024. Cette ambition s'appuie sur les conclusions d'un rapport de l'Agence internationale de l'énergie [5]. Cependant, lors d'une conférence de presse organisée par le Climate Action Network International (CAN-I), le premier jour de la COP30, les panélistes ont critiqué cette initiative. Ils l'ont qualifiée de « fausse solution », car elle pourrait entraîner de nouveaux problèmes d'utilisation des sols (comme la conversion de forêts ou de terres agricoles pour cultiver les plantes destinées aux biocarburants, ce qui peut nuire à la biodiversité et à la sécurité alimentaire), et nous distraire de la suppression progressive des combustibles fossiles.

D'autres innovations ont été saluées, notamment dans le domaine du refroidissement durable. Un rapport du Programme des Nations Unies pour l'environnement sur le refroidissement [6], c'est-à-dire sur tout ce qui sert à garder les maisons, les bureaux ou les aliments frais, comme les climatisations et les réfrigérateurs. Le rapport dit que les deux dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées et que les gaz produits par ces appareils pourraient doubler d'ici 2050 si on ne fait rien. Le rapport explique comment des millions de personnes pourraient avoir accès à un refroidissement sûr et efficace tout en réduisant la pollution. Pour ça, il propose plusieurs solutions : le refroidissement passif (i.e., construire des maisons et des bâtiments qui restent naturellement frais, par exemple en utilisant l'ombre, des matériaux spéciaux ou la bonne orientation des fenêtres, sans utiliser beaucoup d'électricité); utiliser la nature pour se refroidir (i.e., planter des arbres, créer des espaces verts ou de l'eau autour des bâtiments pour que la chaleur soit moins forte); améliorer l'efficacité énergétique (i.e., rendre les climatiseurs et les réfrigérateurs moins gourmands en énergie, pour qu'ils consomment moins d'électricité et produisent moins de gaz polluants).

À la COP30, on remarque beaucoup plus d'événements liés à l'intelligence artificielle (IA) que les années précédentes. Les délégués ont assisté à des sessions pour voir comment l'IA peut protéger la nature, prévoir la météo, et gérer les centres de données où tous les calculs sont faits. Il y a aussi des prix appelés AI Climate Action Awards, pour récompenser les projets d'IA qui aident le climat. La plateforme AI for Good de l'ONU a montré comment créer des règles pour l'énergie et l'eau que tous les pays pourraient suivre ; la Fondation Gates, avec le Brésil et les Émirats, a lancé le premier modèle agricole d'IA open source, que tout le monde peut utiliser pour améliorer l'agriculture; un Institut du Climat IA a été créé pour apprendre aux dirigeants des pays pauvres à utiliser l'IA pour le climat, avec des ateliers et des expériences faciles à reproduire; et l'Allemagne a fait un outil d'IA pour résumer les positions des pays et comparer leurs textes pendant les négociations. En résumé, l'IA à la COP30 sert à mieux comprendre le climat, prévoir la météo, aider l'agriculture et faciliter les négociations, et de nombreuses initiatives permettent à tous les pays d'en profiter.

La transition énergétique n'est pas une course de vitesse au hasard : elle exige des choix réfléchis, cohérents et équitables. Les CDN 3.0 montrent que certains pays, comme le Maroc, ont compris qu'il ne suffit pas de multiplier les promesses : il faut les inscrire dans des stratégies réalistes, qui lient réduction des émissions, développement économique et justice sociale. À l'inverse, certaines technologies ou initiatives séduisent par leur éclat médiatique mais risquent de détourner l'attention des véritables leviers de changement. L'enjeu est donc clair : accélérer la transition énergétique, oui, mais sans tomber dans les fausses solutions. Chaque décision politique, chaque investissement technologique, chaque plan national doit viser un objectif double : réduire durablement les émissions et garantir un futur juste et résilient pour tous.
Références
[1] United Nations Framework Convention on Climate Change. (2025). 2025 synthesis report of biennial transparency reports. https://unfccc.int/process-and-meetings/transparency-and-reporting/reporting-and-review/reporting-and-review-under-the-paris-agreement/biennial-transparency-reports
[2] United Nations Framework Convention on Climate Change. (2025). 2025 NDC synthesis report. https://unfccc.int/process-and-meetings/the-paris-agreement/nationally-determined-contributions-ndcs/2025-ndc-synthesis-report
[3] Morocco. (2025). Morocco's NDC 3.0 [Nationally determined contribution]. Climate Policy Radar. https://app.climatepolicyradar.org/documents/morocco-s-ndc-3-0_4104?id=morocco-nationally-determined-contribution-ndc3-0_d0ed
[4] Ministry of Foreign Affairs, Brazil. (2025, October 23). Launch of the Belém 4x Pledge on sustainable fuels. https://www.gov.br/mre/en/contact-us/press-area/press-releases/launch-of-the-belem-4x-pledge-on-sustainable-fuels/2025-10-23_cop30-declaration_sustainable-fuels.pdf
[5] International Energy Agency. (2025, October). Delivering sustainable fuels: Pathways to 2035. https://iea.blob.core.windows.net/assets/49afc3ce-527d-4637-bde5-005416afed24/DeliveringSustainableFuels.pdf
[6] United Nations Environment Programme. (2025). Global Cooling Watch 2025. https://www.unep.org/resources/global-cooling-watch-2025