Justice sociale et protection des communautés : remettre l'humain au centre — la question n'est plus "quoi faire", mais "pour qui"
6 janvier 2026 23:32 | Ayat-Allah BOURAMDANE
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Justice sociale et protection des communautés : remettre l'humain au centre — la question n'est plus "quoi faire", mais "pour qui"

La transition climatique ne peut plus être envisagée comme un simple défi environnemental : elle est avant tout sociale. La question n'est plus « quoi faire », mais « pour qui ». À la COP30, les discussions ont mis en lumière que la justice sociale, la protection des communautés et la sécurité alimentaire doivent guider chaque décision climatique, des forêts aux océans, des politiques énergétiques aux NDC. Les initiatives comme le Mécanisme d'action de Belém et le programme REDD+ montrent que l'action climatique doit impérativement placer l'humain au centre.

Transition juste et lutte contre les inégalités

Le Mécanisme d'action de Belém (BAM), initiative institutionnelle relevant de la CCNUCC, vise à réduire la fragmentation des efforts mondiaux pour une transition juste vers une économie à faible émission de carbone. Il remplit trois fonctions principales : coordonner les initiatives existantes et combler les lacunes conformément à l'Accord de Paris, partager connaissances et bonnes pratiques, et fournir un soutien direct aux pays du Sud global via le financement et le transfert de technologies. La mise en œuvre de ce mécanisme est essentielle pour garantir que la transition énergétique et les ambitions climatiques soient socialement équitables et inclusives.

Au total, 44 pays ont signé la Déclaration de Belém sur la faim, la pauvreté et l'action climatique centrée sur les gens [1] lors du Sommet de haut niveau des dirigeants mondiaux. Ce document met en avant que le changement climatique (modifications à long terme du climat mondial, comme la hausse des températures, des sécheresses et des inondations) et la dégradation environnementale (détérioration des écosystèmes et des sols due à des activités humaines comme la déforestation, la pollution ou l'agriculture intensive), ainsi que la perte de biodiversité (réduction du nombre et de la variété des espèces animales et végétales) qui en résulte, aggravent l'insécurité alimentaire (manque d'accès à une nourriture suffisante et nutritive), limitent l'accès à l'eau potable et détériorent la santé publique dans le monde entier. Pour y répondre, la déclaration formule huit actions précises que les pays peuvent mettre en œuvre et dont les résultats peuvent être mesurés. En résumé, cette déclaration relie directement la sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté et l'action climatique, en insistant sur le fait que les solutions doivent être centrées sur les populations les plus vulnérables et intégrées à la protection de l'environnement.

Forêts, océans et communautés

Le Fonds de défense environnementale (EDF) a organisé une conférence de presse pour présenter le plan de distribution des prestations financières de l'Équateur dans le cadre du programme REDD+ [2].
REDD+ (Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts) est un mécanisme international soutenu par la CCNUCC. Il vise à récompenser financièrement les pays et communautés qui protègent leurs forêts, afin de réduire les émissions de GES issues de la déforestation et de la dégradation forestière---la destruction ou la disparition d'une forêt, généralement causée par des activités humaines telles que : la conversion des terres pour l'agriculture (par exemple, brûler ou abattre des arbres pour planter du soja, des palmiers à huile ou créer des pâturages pour le bétail), l'exploitation forestière commerciale (coupe d'arbres pour le bois, le papier ou le bois de chauffage) ou encore l'urbanisation et les infrastructures (construction de routes, villes ou barrages qui supprime la couverture forestière).

Lors d'un webinaire du Virtual Ocean Pavilion, organisé par le Global Ocean Forum et le Plymouth Marine Laboratory, les discussions ont porté sur la manière de traduire les engagements climatiques en actions concrètes pour les océans.
L'océan joue un rôle central dans la régulation du climat mondial : il absorbe une grande partie du CO₂ émis par les activités humaines et stocke la chaleur, ce qui aide à ralentir le réchauffement planétaire. Dans ce contexte, les panélistes ont souligné que plus de 80 % des nouvelles Contributions Déterminées au niveau National (NDC 3.0) incluent désormais des mesures liées aux océans, soit une augmentation de 40 % par rapport à la génération précédente de CDN, reflétant une prise de conscience croissante de l'importance de la protection marine dans la lutte contre le changement climatique.
Le webinaire a également célébré l'Accord sur la diversité biologique marine des zones hors juridiction nationale (BBNJ), aussi appelé Traité sur les hautes mers, qui vise à protéger la biodiversité dans les océans internationaux, en dehors des zones économiques exclusives des pays [3]. L'accord a obtenu les ratifications nécessaires pour son entrée en vigueur prévue en janvier 2026, ce qui constitue un pas historique pour la gouvernance des océans et leur rôle dans l'atténuation du changement climatique.
La protection des océans ne se limite pas à l'environnement : elle touche directement les communautés côtières et les populations dépendantes de la pêche, qui dépendent des ressources marines pour leur alimentation, leurs revenus et leur culture. En sécurisant les écosystèmes marins et en répartissant équitablement les bénéfices des politiques océaniques, les mesures liées aux NDC et au traité BBNJ contribuent à la résilience et à l'équité sociale, renforçant ainsi la dimension Justice sociale de la COP30.

Désinformation climatique : un nouvel enjeu démocratique

À la COP30, on parle également de la désinformation climatique, c'est-à-dire des fausses informations sur le climat qui font croire aux gens que le problème n'existe pas ou qu'il n'est pas grave. Des scientifiques et des organisations ont publié un rapport [4] et une lettre ouverte [5] pour alerter sur ce problème. Par exemple, des entreprises de combustibles fossiles dépensent beaucoup d'argent en publicité et relations publiques pour semer le doute, jusqu'à 19 fois plus que les groupes pour le climat. Cette désinformation rend même des sujets simples comme les bus électriques ou les pistes cyclables controversés. Pour lutter contre ça, certains groupes travaillent avec des enseignants, des pêcheurs et des médias pour identifier les fausses informations et les corriger [6]. Enfin, plusieurs pays ont signé une Déclaration sur l'intégrité de l'information [7], pour financer la recherche et le journalisme qui vérifie les faits, surtout lors des élections, des COP ou des événements climatiques extrêmes. En résumé, il s'agit de protéger la vérité sur le climat pour que tout le monde puisse agir correctement.

Agir pour le climat sans considérer les populations les plus vulnérables serait inefficace et injuste. La COP30 rappelle que la protection des communautés, l'équité dans la distribution des ressources et la lutte contre la désinformation sont aussi cruciales que la réduction des émissions. Une transition véritablement juste ne se mesure pas seulement en tonnes de CO₂ évitées, mais en vies améliorées, en droits protégés et en résilience renforcée pour tous.

Références

[1] COP30 Brazil. (2025, November). Leaders sign declaration on hunger, poverty, and people-centered climate action. https://cop30.br/en/news-about-cop30/leaders-sign-declaration-on-hunger-poverty-and-people-centered-climate-action

[2] UN-REDD Programme. How REDD+ benefit distribution delivers at rapidly scale. https://www.un-redd.org/post/how-redd-benefit-distribution-delivers-rapidly-scale

[3] United Nations. Agreement under the United Nations Convention on the Law of the Sea on the conservation and sustainable use of marine biological diversity of areas beyond national jurisdiction. https://www.un.org/bbnjagreement/en

[4] Climate Action Against Disinformation. (2025). Deny, deceive, delay: Demystified. https://caad.info/wp-content/uploads/2025/11/DenyDeceiveDelay-Demystified2025.pdf

[5] Climate Action Against Disinformation. (2025, November 12). Climate action requires truth: COP30 must codify information integrity [Open letter]. https://caad.info/analysis/reports/cop30-open-letter

[6] ACT Climate Labs. (2025). The five levers for change: A blueprint to phase out fossil fuel advertising. https://www.actclimatelabs.org/advertising-fossil-fuel-phase-out

[7] United Nations. Global Initiative for Information Integrity on Climate Change. https://www.un.org/en/climatechange/information-integrity

Ayat-Allah BOURAMDANE
Rédigé par Ayat-Allah BOURAMDANE

Enseignante - Chercheure