Financement climatique et adaptation : l'écart entre promesses et réalité
6 janvier 2026 22:11 | Ayat-Allah BOURAMDANE
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Financement climatique et adaptation : l'écart entre promesses et réalité

Alors que la planète subit déjà les effets du changement climatique, les promesses financières pour soutenir les pays les plus vulnérables restent largement insuffisantes. Les besoins sont colossaux : 1,3 billion de dollars par an d'ici 2035 pour financer adaptation et résilience. Pourtant, les fonds existants peinent à se remplir et les engagements tardent à se concrétiser, comme en témoigne le quasi-vide du fonds de pertes et dommages en 2025. À la COP30, ce n'est plus seulement une question de réduction des émissions, mais de survie et de justice: les pays du Sud réclament des financements tangibles, des indicateurs clairs et une responsabilité réelle des pays riches. Entre promesses ambitieuses et réalités financières, l'écart reste criant, révélant la fragilité du système actuel et l'urgence d'un soutien concret et immédiat.

Une urgence financière pour les pays vulnérables

La mobilisation de ressources financières pour soutenir les pays en développement constitue une priorité mondiale. Les délégués visent à atteindre au moins 1,3 billion de dollars US par an d'ici 2035 pour financer les actions contre la crise climatique, en mettant l'accent sur les pays les plus vulnérables [1]. Cependant, le Climate Action Network International (CAN‑I) a déploré l'état quasi vide du fonds de pertes et dommages, avec seulement 768,4 millions de dollars promis en avril 2025, et a annoncé l'ouverture prochaine d'une nouvelle fenêtre permettant aux pays en développement de soumettre des demandes de financement [2]. Cet exemple illustre la nécessité urgente d'un soutien financier concret pour que les CDN ambitieuses puissent être mises en œuvre.

Une continuité fragile, des lignes rouges désormais visibles : moins de promesses, plus d'exigences

Par rapport aux autres COP, il n'y a pas une rupture totale, mais plusieurs évolutions importantes ressortent clairement.
L'adaptation devient centrale (et plus seulement secondaire). Pour la première fois, beaucoup de pays du Sud parlent ouvertement d'une « COP de l'adaptation ». Avant, les COP se concentraient surtout sur la réduction des émissions (atténuation). Aujourd'hui, l'accent est mis sur aider les pays à vivre avec les impacts déjà là (inondations, sécheresses, pertes de récoltes), avec des demandes très concrètes de financements et d'indicateurs mesurables.
Les pertes et dommages ne sont plus symboliques. Aux COP précédentes, les pertes et dommages étaient surtout un sujet politique sensible. Désormais, les pays demandent que les outils existants travaillent vraiment ensemble (fonds, réseaux, mécanismes) pour apporter une aide réelle et rapide. On parle moins de principes et plus de fonctionnement concret.
La question "qui paie" est plus frontale que jamais. Le débat sur la responsabilité historique des pays riches n'est plus implicite : le G77 (une grande coalition de pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine qui négocient ensemble), les PMA – Pays les Moins Avancés (les pays les plus pauvres et les plus vulnérables au changement climatique), l'Afrique et les pays BASIC (le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine, de grands pays émergents très peuplés) demandent clairement que les engagements passés (comme le doublement du financement de l'adaptation) soient tenus maintenant, et pas repoussés à plus tard. La confiance dans le processus est explicitement en jeu.
La justice climatique est au cœur du discours. Le langage utilisé est plus humain et plus direct que dans beaucoup de COP précédentes : droit au développement, justice, dignité, populations qui « méritent de vivre et de prospérer ». Le climat est présenté non seulement comme un problème environnemental, mais comme un problème social et moral.
Des tensions plus visibles sur les solutions. Les désaccords sont plus clairs sur comment agir : certains groupes défendent une transition énergétique rapide, d'autres insistent sur la liberté de choisir leurs trajectoires nationales ou sur des technologies comme la capture du carbone. Cela montre que le consensus est plus difficile, même si les objectifs généraux sont partagés.
Ce qui est nouveau, ce n'est pas le thème, mais le ton et les priorités : moins de promesses lointaines, plus de demandes immédiates, plus de pression sur les pays riches, et un recentrage clair sur l'adaptation, la finance climatique et la justice, plutôt que uniquement sur la réduction des émissions.

À la COP30, on parle beaucoup de résilience, c'est-à-dire la capacité des communautés à faire face aux problèmes du climat. Le rapport Stories of Resilience [3] montre que les solutions locales, adaptées à chaque endroit, sont plus efficaces, justes et durables, mais que les communautés reçoivent encore moins de 17 % de l'argent mondial pour s'adapter. Des initiatives concrètes sont lancées : protéger et financer les mangroves, qui aident à protéger les côtes, abritent des animaux et stockent beaucoup de carbone ; le projet Drive to Zero, pour que 30 % des gros véhicules soient zéro émission d'ici 2030 au Brésil et au Mexique [4] ; et le Livre des technologies vertes, qui montre comment des innovations comme l'IA pour prévoir les catastrophes ou des infrastructures intelligentes aident à mieux se préparer et se protéger face aux impacts du climat.

On parle aussi des marchés du carbone, qui sont comme des échanges de crédits pour réduire la pollution. L'idée, c'est que si un pays réussit à réduire ses émissions de GES, il peut vendre ces « crédits » à un autre pays qui a du mal à réduire les siennes. Par exemple, le Japon finance des projets dans d'autres pays, comme l'installation de panneaux solaires en Indonésie ou des usines moins polluantes au Vietnam, et reçoit des crédits en retour pour ses propres objectifs climatiques. L'Union européenne prépare une nouvelle loi pour fixer ses limites d'émissions jusqu'en 2040 et pourrait utiliser ces crédits pour atteindre ses objectifs. Grâce à ces marchés, tous les pays peuvent travailler ensemble pour réduire la pollution plus efficacement.

La COP30 a montré que l'adaptation et la finance climatique ne peuvent plus rester secondaires : elles sont désormais au cœur de la négociation mondiale. Mais les engagements financiers, encore largement insuffisants, traduisent un décalage inquiétant entre promesses et réalité. Les pays vulnérables attendent des actions concrètes, rapides et équitables, pas seulement des discours. Fermer cet écart n'est pas une option : c'est une question de justice, de dignité et de survie pour des millions de personnes. La véritable réussite climatique dépendra de notre capacité à transformer les promesses en ressources tangibles et à placer l'adaptation au même niveau que la réduction des émissions.

Références

[1] United Nations Development Programme. (2025, November 14). COP30 in Belém: From commitments to climate action. https://www.undp.org/belarus/news/cop30-belem-commitments-climate-action

[2] Environmental and Energy Study Institute. (2025, November 11). COP30 Dispatch - November 10, 2025. https://www.eesi.org/newsletters/view/cop30-dispatch-november-10-2025

[3] Global Center on Adaptation. (2025). Stories of resilience: Lessons from local adaptation practice 2025. https://llahub.gca.org/articles/a069b84e-fc87-45b2-8942-39709181678f

[4] Drive to Zero. MOU nations. https://globaldrivetozero.org/mou-nations/

Ayat-Allah BOURAMDANE
Rédigé par Ayat-Allah BOURAMDANE

Enseignante - Chercheure