La COP forestière à Belém, dix ans après l’Accord de Paris
5 janvier 2026 19:55 | Ayat-Allah BOURAMDANE
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La COP forestière à Belém, dix ans après l’Accord de Paris

La 30ᵉ Conférence des Parties (COP30) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s'est tenue à Belém, au Brésil, du 10 au 21 novembre 2025. La COP30 a été surnommée la "COP de la vérité", soulignant qu'il est temps de dire la vérité sur le climat, d'agir avec transparence et de se baser sur la science pour prendre des décisions.

La COP30 a réuni des représentants de presque tous les pays du monde, ainsi que des scientifiques, des membres de la société civile, des dirigeants de communautés autochtones, des entreprises et des jeunes. L'objectif était d'examiner les progrès accomplis depuis les précédentes conférences en ce qui concerne les engagements climatiques pris par chaque pays, et de discuter des actions futures pour lutter contre le changement climatique. Ces discussions portent sur plusieurs domaines : l'atténuation, c'est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre ; l'adaptation, c'est-à-dire la manière dont les pays se préparent et réagissent aux impacts du changement climatique comme les sécheresses, les inondations, etc. ; le financement, pour aider les pays qui ont moins de ressources à mettre en œuvre ces actions ; et enfin la mise en œuvre des objectifs de l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, par rapport à il y a longtemps, avant que les usines et les voitures ne polluent autant. Cet objectif est fixé pour la fin du siècle, c'est-à-dire pour que la température moyenne de la Terre reste sous 1,5 °C d'ici l'année 2100.
Si la température monte plus que 1,5 °C, cela peut provoquer de grosses catastrophes : des tempêtes très fortes qui détruisent les maisons et les villes, des inondations qui submergent les villages, des sécheresses qui font manquer d'eau pour boire ou pour cultiver, et la disparition de certaines plantes et animaux.
En limitant le réchauffement à 1,5 °C, on aide donc à protéger la planète, les animaux et les humains contre les pires dangers du changement climatique. C'est pourquoi il est important que les pays commencent dès maintenant à réduire leurs gaz à effet de serre et à changer la façon dont ils produisent de l'énergie et utilisent les ressources naturelles.

Pourquoi Belém ? Une COP au cœur de l'Amazonie

Le choix de Belém n'était pas anodin : la ville se situe à l'entrée de la forêt amazonienne, l'un des écosystèmes les plus importants de la planète pour réguler le climat mondial. La COP30 a d'ailleurs été surnommée la « COP forestière » en raison de son accent sur le rôle des forêts tropicales comme puits de carbone essentiels. L'Amazonie, estimée à 150 à 200 milliards de tonnes de carbone [1], absorbe de grandes quantités de dioxyde de carbone et joue un rôle central dans la stabilité climatique mondiale. Elle abrite également une biodiversité unique, typique des pays tropicaux comme le Brésil, ainsi que de nombreuses communautés autochtones qui protègent la forêt depuis des siècles.
Tenir la COP30 à Belém envoie donc un signal fort : protéger ces écosystèmes et les communautés qui en dépendent est tout aussi crucial que réduire l'utilisation des énergies fossiles. Cela permet aussi de donner une voix plus forte aux communautés autochtones dans les négociations climatiques, en reconnaissant leur savoir traditionnel et leurs droits.

Pourquoi Belém ? Une COP au coeur de l'Amazonie

Dix ans après Paris : des avancées, mais un retard préoccupant

La COP30 marque aussi les 10 ans de l'Accord de Paris, adopté par 196 pays lors de la COP21 à Paris le 12 décembre 2015 et entré en vigueur le 4 novembre 2016. Cet accord a pour but que tous les pays travaillent ensemble, selon le principe du multilatéralisme, pour réduire le réchauffement climatique et protéger la planète. Pour expliquer l'importance de l'action collective, les scientifiques ont comparé l'action climatique mondiale à l'Amazone, le plus grand fleuve du monde. Comme des milliers de petits ruisseaux qui se rejoignent pour former un fleuve puissant allant dans une seule direction, chaque pays et chaque action compte, mais c'est seulement lorsqu'elles s'additionnent toutes que le monde peut avancer efficacement pour construire un mouvement mondial fort et uni, capable de faire face aux défis climatiques.

De la COP21 à Paris à la COP30 à Belém

Émissions mondiales : un ralentissement encourageant

En 2024, le thermomètre de la Terre a montré que la planète s'était réchauffée de 1,5 °C par rapport à avant que les humains commencent à beaucoup polluer. En même temps, les gaz à effet de serre, surtout le CO₂, ont continué d'augmenter et ont atteint des records historiques.

Mais il y a quand même une bonne nouvelle : la vitesse à laquelle le CO₂ monte dans l'air est maintenant trois fois plus lente que ce qu'elle était dans la décennie précédente. Cela est possible grâce à l'utilisation rapide des énergies solaire et éolienne, qui produisent de l'électricité sans brûler de charbon ou de pétrole.

Chaque pays ne pollue pas de la même façon. On mesure la pollution en tonnes de CO₂ par personne, c'est-à-dire combien de gaz à effet de serre chaque habitant « rejette » en moyenne dans l'air.
La Chine a beaucoup investi dans l'électricité solaire, éolienne et hydraulique. Grâce à cela, elle est en train d'atteindre son pic d'émissions, c'est-à-dire le moment où elle ne rejettera plus de CO₂ de plus en plus, mais où cela commencera à diminuer.
Les États-Unis ont déjà dépassé leur pic : chaque Américain rejette beaucoup plus de CO₂ que les Chinois. En effet, même si la Chine est le pays qui émet le plus de CO2 au total, sa population énorme fait que chaque habitant rejette moins de CO2 qu'un Américain en moyenne.
L'Europe se situe entre les deux.
L'Inde n'a pas encore atteint son pic, mais dans quelques années, chaque Indien rejettera encore relativement peu de CO₂.
Si les pays pauvres ou émergents comme l'Inde ou la Chine atteignent leur pic à des niveaux beaucoup plus bas que les pays riches, ça veut dire qu'ils peuvent grandir et se développer sans polluer trop.
C'est comme si on avait tous des seaux pour remplir d'eau (CO₂) : si certains remplissent beaucoup, le seau déborde, et la Terre se réchauffe trop. Mais si d'autres remplissent moins, ça aide à garder le seau presque plein mais pas trop, donc à limiter le réchauffement.

Les émissions de CO₂ par personne et par pays

Objectifs de température et « dépassement »

L'Organisation météorologique mondiale (OMM), qui est comme un grand observatoire qui mesure le climat de la Terre, a dit qu'en 2025, la température moyenne de la planète avait augmenté de 1,5 °C par rapport à ce qu'elle était avant que les grandes usines et voitures commencent à polluer beaucoup. Ce chiffre, 1,5 °C, est la limite la plus ambitieuse fixée par l'Accord de Paris pour éviter les pires catastrophes climatiques.

Cette augmentation de température peut être un peu normale à court terme à cause de phénomènes naturels comme El Niño, qui est un changement temporaire de la température de l'océan Pacifique et qui change le climat sur toute la planète : certaines régions auront plus de pluie que d'habitude, d'autres moins. Mais le problème, c'est qu'il y a aussi des « rétroactions dangereuses ». Ça veut dire que quand la planète se réchauffe, certaines parties de la nature qui aident à enlever le CO₂ de l'air, comme les forêts et les océans (appelés puits de carbone), deviennent moins efficaces (i.e., les forêts peuvent sécher ou brûler plus facilement, donc elles absorbent moins de CO₂, les océans se réchauffent et ne peuvent plus stocker autant de CO₂). Moins ils absorbent, plus il y a de CO₂ dans l'air, et plus la planète se réchauffe. Imagine un seau avec un trou en bas. Tu verses de l'eau dedans (le CO₂ que nous produisons). Normalement, le seau pourrait contenir un peu d'eau sans déborder si le trou fonctionne bien (la nature qui absorbe le CO₂). Mais si le trou se rétrécit ou se bouche (forêts et océans moins efficaces), l'eau déborde plus vite. Peu importe combien tu verses ou essayes de remplir le seau: il déborde toujours, et c'est ça le cercle vicieux du réchauffement et des rétroactions dangereuses.

Alors, est-ce que ça veut dire que les objectifs de l'Accord de Paris sont impossibles ? Pas complètement.

En 2024, les scientifiques ont confirmé ce que leurs calculs prédisaient déjà : il y a déjà beaucoup de CO₂ dans l'air, donc si on continue à polluer au même rythme, il est très probable que la température de la planète monte au‑dessus de 1,5 °C avant 2035.

Mais il est encore possible de ne pas dépasser 2 °C, qui est l'autre objectif de l'Accord. Pour ça, tous les pays doivent réduire beaucoup leurs émissions de CO₂ après avoir atteint leur pic (le moment où un pays émet le plus de CO₂ dans l'air avant de commencer à en émettre moins).

Les scientifiques ont calculé qu'au rythme actuel, il reste environ 25 ans de « budget carbone ». Cela veut dire : la quantité de CO₂ qu'on peut encore rejeter dans l'air avant que la planète devienne trop chaude. Après avoir utilisé ce budget, il faudra soit arrêter complètement de rejeter du CO₂, soit commencer à enlever du CO₂ de l'air.

Pour réussir à rester sous 1,5 °C, il faudrait même aller plus loin : enlever plus de CO₂ de l'air que ce qu'on rejette. On appelle ça des émissions nettes négatives. Les puits de carbone, comme les forêts, le sol ou les océans, sont des endroits où le CO₂ peut être stocké naturellement. Les arbres, par exemple, absorbent le CO₂ pour fabriquer leur bois et leurs feuilles. Les sols et les océans captent aussi du CO₂. Si on arrive à les utiliser ou les renforcer pour qu'ils captent plus de CO₂ qu'on n'en produit, alors la planète peut commencer à se « décharger » de l'excès de CO₂.

Mais attention : cela serait plus ambitieux que ce que prévoit l'Accord de Paris, qui fixe seulement comme objectif de ne plus ajouter de CO₂ dans l'air (zéro émission nette), pas forcément d'en retirer davantage. Autrement dit, l'accord dit : “Arrêtez de remplir le seau”, mais il ne dit pas encore : « Commencez à le vider ».

Financer une transition juste: mission quasi impossible, mais on essaie quand même

L'Accord de Paris dit que les pays riches doivent donner beaucoup d'argent aux pays qui ont moins de ressources pour qu'ils puissent se protéger du changement climatique et utiliser des énergies plus propres. Au début, cet argent devait être au moins 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, et il fallait augmenter ensuite.

Mais en réalité, cet objectif de 100 milliards n'a été atteint qu'en 2022. À la COP29 de Bakou, ils ont décidé de tripler la somme : 300 milliards de dollars par an d'ici 2030. Mais même ce grand montant ne suffira pas pour tout réparer : il ne couvrira qu'une partie de ce dont les pays pauvres ont besoin pour se protéger des tempêtes, inondations, sécheresses et autres problèmes. En plus, il n'y a pas encore de règles claires pour savoir comment utiliser cet argent. Par exemple : qui doit payer quoi exactement, et comment répartir l'argent pour que tout le monde en profite. Tout cela fait que la promesse de 300 milliards par an reste un peu floue et fragile : elle est là sur le papier, mais il faudra du temps et de la volonté pour la rendre réelle et efficace.

La COP30 montre que, dix ans après l'Accord de Paris, le chemin pour protéger la planète reste difficile mais possible. C'est dans ce contexte qu'elle s'articule autour de trois piliers étroitement liés : la transition énergétique, le financement climatique et la justice sociale. Ensemble, ils posent une question centrale : où se situe l'urgence aujourd'hui ?

Références

[1] United Nations Development Programme. (2025, November 14). COP30 in Belém: From commitments to climate action. https://www.undp.org/belarus/news/cop30-belem-commitments-climate-action

Ayat-Allah BOURAMDANE
Rédigé par Ayat-Allah BOURAMDANE

Enseignante - Chercheure