Produire quoi et exporter à qui ? Le défi de l'hydrogène vert marocain - Conclusion générale
16 juin 2026 15:18 | Ayat-Allah BOURAMDANE
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Produire quoi et exporter à qui ? Le défi de l'hydrogène vert marocain - Conclusion générale

L'analyse montre que l'Europe s'oriente avant tout vers une stratégie d'électrification des usages, rendue possible par un mix électrique de plus en plus décarboné grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. Dans de nombreux secteurs, l'électricité constitue en effet la solution la plus efficace sur le plan énergétique et économique. Toutefois, l'électrification ne peut pas tout résoudre. Certains usages restent difficiles, voire impossibles, à électrifier directement. C'est dans ces secteurs que l'hydrogène conserve un rôle stratégique.

Dans ce contexte, il paraît peu probable que l'Europe devienne un marché illimité pour l'hydrogène importé. Une partie de ses besoins pourra être couverte par une production locale, notamment lors des périodes de surplus d'électricité renouvelable ou nucléaire. Dès lors, la stratégie marocaine ne devrait pas reposer exclusivement sur l'hypothèse d'une forte demande européenne.

Le Maroc dispose certes d'un potentiel solaire et éolien exceptionnel, mais il possède encore une capacité renouvelable relativement limitée et aucune capacité dédiée à la production d'hydrogène vert actuellement en exploitation. Avant de viser une position de grand exportateur, il apparaît donc pertinent de développer d'abord un marché national de l'hydrogène, puis de cibler en priorité les pays dont le mix électrique reste fortement carboné, notamment dans certaines régions d'Afrique et d'Asie, où les besoins de décarbonation pourraient être plus importants et plus difficiles à satisfaire par l'électrification seule.

Maintenant que la question du marché auquel pourrait être destiné l'hydrogène marocain a été clarifiée, il convient de préciser les usages pour lesquels l'hydrogène présente une réelle valeur ajoutée.

Dans le transport routier, les e-fuels constituent une solution de transition intéressante à court terme, car ils sont compatibles avec les véhicules diesel et les infrastructures existantes, tout en offrant un ravitaillement rapide. Leur principal inconvénient reste leur très faible efficacité énergétique, qui se traduit par un coût élevé. À plus long terme, l'électrification doit être privilégiée pour les trajets courts et moyens, notamment en milieu urbain et régional, où les véhicules peuvent être rechargés pendant les périodes d'arrêt. L'hydrogène trouve quant à lui sa pertinence dans le transport routier lourd de très longue distance, lorsque les temps d'arrêt doivent être minimisés et que le ravitaillement rapide devient un avantage déterminant.

Dans le transport aérien et maritime, les e-fuels apparaissent comme la solution la plus réaliste. L'hydrogène y est pénalisé par ses contraintes de stockage, qui nécessitent des volumes beaucoup plus importants que les carburants liquides traditionnels et imposent des transformations profondes des infrastructures et des véhicules.

Dans l'industrie, l'hydrogène conserve un rôle essentiel dans plusieurs secteurs difficiles à décarboner. Dans la sidérurgie, il permet de remplacer le charbon pour transformer le minerai de fer en métal. Dans l'industrie du ciment, il peut se substituer aux combustibles fossiles utilisés pour chauffer les fours. Dans l'industrie chimique, il constitue une matière première indispensable pour la fabrication d'engrais et de méthanol, lui-même utilisé dans la production de nombreux produits tels que les plastiques, les peintures ou les solvants. Enfin, dans le raffinage du pétrole, l'hydrogène est déjà au cœur des procédés d'hydrodésulfuration et d'hydrocracking indispensables à la production de carburants.

Ainsi, l'hydrogène n'apparaît ni comme une solution universelle ni comme un substitut à l'électrification. Son rôle est plutôt celui d'un complément ciblé, destiné aux secteurs où l'électricité directe atteint ses limites. Pour le Maroc, l'enjeu n'est donc pas de produire de l'hydrogène pour tous les usages, mais d'identifier précisément les marchés et les applications où cette molécule apporte une valeur ajoutée que l'électrification seule ne peut offrir.

Ayat-Allah BOURAMDANE
Rédigé par Ayat-Allah BOURAMDANE

Enseignante - Chercheure