Produire quoi et exporter à qui ? Le défi de l'hydrogène vert marocain
Produire quoi et exporter à qui ? Le défi de l'hydrogène vert marocain
Le Maroc entend se positionner comme un futur hub de l'hydrogène vert à destination de l'Europe. Cette stratégie s'appuie sur le déploiement progressif d'importantes capacités de production, avec des objectifs affichés de 2 GW en 2030, 12 GW en 2040 et 20 GW en 2050.
Cependant, plusieurs questions se posent quant à la pertinence et au réalisme de cette stratégie. D'une part, de nombreux pays européens disposent déjà d'un mix électrique largement décarboné grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables. Dans plusieurs pays, plus de 30% de l'électricité provient de ces sources, et certains sont même proches d'un système électrique presque entièrement bas carbone. Ces pays connaissent régulièrement des périodes de forte production renouvelable, parfois supérieures à la demande, conduisant à des exportations massives d'électricité, à des prix très faibles, voire à des épisodes de surplus énergétique. On peut donc se demander dans quelle mesure une partie de cet excédent pourrait être utilisée directement sur place pour produire l'hydrogène nécessaire à leurs propres besoins, réduisant ainsi leur dépendance à des importations d'hydrogène depuis l'étranger.
D'autre part, les objectifs marocains soulèvent également des interrogations sur leur faisabilité. La transition énergétique marocaine a véritablement pris son essor il y a une quinzaine d'années. Pourtant, en 2024, le pays dispose d'environ 2 390 MW d'éolien, 1 306 MW d'hydraulique et 928 MW de solaire photovoltaïque et thermodynamique, soit un total d'environ 5 GW de capacités renouvelables installées. Dans ce contexte, viser l'installation de 2 GW supplémentaires dédiés à l'hydrogène en seulement quelques années apparaît comme un défi industriel, financier et logistique considérable.
La question centrale devient alors la suivante : à quel marché et à quels usages sera réellement destiné l'hydrogène produit au Maroc ? Autrement dit, existe-t-il une demande suffisamment importante et durable pour justifier les investissements envisagés, tant au niveau national qu'à l'export ?
Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'identifier les secteurs dans lesquels l'hydrogène pourrait constituer la solution de décarbonation la plus pertinente par rapport aux alternatives disponibles. Deux questions apparaissent alors fondamentales :
- Faut-il passer les poids lourds à l'électricité ou plutôt favoriser les biocarburants, l'hydrogène ou les e-fuels ?
- Hydrogène, électrification ou capture et stockage du CO₂ : quelle priorité pour décarboner l'industrie lourde (acier, ciment, chimie, raffinage du pétrole) ?
L'analyse de ces deux enjeux permettra de mieux comprendre où l'hydrogène présente un avantage réel, où d'autres solutions apparaissent plus efficaces, et donc d'évaluer la taille potentielle du marché auquel le Maroc souhaite s'adresser à travers sa stratégie hydrogène.
Dossier spésial - Hydrogène
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