Vers quels marchés l'hydrogène vert des régions à fort potentiel renouvelable doit-il être destiné en priorité ?
Vers quels marchés l'hydrogène vert des régions à fort potentiel renouvelable doit-il être destiné en priorité ?
Introduction
Pendant plus d'un siècle, les échanges énergétiques mondiaux ont suivi une logique simple : les régions possédant d'importantes réserves de charbon, de pétrole ou de gaz exportaient leur énergie vers les grands centres industriels. Aujourd'hui, la transition énergétique ouvre un nouveau chapitre. Le soleil, le vent et l'espace disponible deviennent de nouvelles formes de richesse, capables de transformer certains pays en futurs exportateurs d'une énergie propre : l'hydrogène vert.
Cependant, produire de l'hydrogène renouvelable à grande échelle ne signifie pas qu'il pourra être consommé partout. Les régions disposant des meilleurs potentiels solaires et éoliens pourront probablement produire de l'hydrogène à moindre coût, mais les principaux besoins se situeront souvent ailleurs : dans les grands pôles industriels où la demande énergétique est élevée et où les solutions de décarbonation sont limitées.
La question centrale devient donc celle d'un nouveau marché mondial : vers quels secteurs et quels pays l'hydrogène vert produit dans les zones favorables doit-il être dirigé en priorité ?
La question n'est alors pas seulement de savoir où produire de l'hydrogène, mais surtout où il sera le plus utile : quels secteurs et quels pays doivent être prioritaires pour utiliser cette ressource limitée ?
Comme une énergie rare destinée aux missions les plus complexes, l'hydrogène doit être dirigé en priorité vers les secteurs où aucune solution simple d'électrification directe n'existe ou lorsque son remplacement permet d'éviter d'importantes émissions de gaz à effet de serre. Il sera donc particulièrement stratégique dans les grands pôles industriels et énergétiques.
Cette logique conduit à distinguer deux grands champs d'application. Le premier concerne les industries lourdes, où l'hydrogène peut remplacer des procédés fortement émetteurs qui reposent aujourd'hui sur les combustibles fossiles. Le second concerne les transports, notamment ceux pour lesquels les batteries électriques atteignent leurs limites, comme l'aviation, le transport maritime ou certains véhicules lourds.
Cette sélection des marchés prioritaires constitue donc une étape essentielle pour orienter les futurs flux internationaux d'hydrogène vers les secteurs où son utilisation permettra de maximiser les réductions d'émissions et de valoriser au mieux le potentiel renouvelable des régions productrices.
Avant de trouver ses marchés, où l'hydrogène vert doit-il être produit ?
Avant d'identifier les marchés de l'hydrogène vert, il faut d'abord déterminer où il peut être produit à grande échelle et à faible coût. L'identification des régions les plus favorables nécessite donc d'analyser les trois principales ressources mobilisables : le solaire thermique à concentration (CSP), le photovoltaïque (PV) et l'éolien, dont les performances varient selon les conditions climatiques et géographiques.
La technologie CSP (solaire thermique à concentration) produit de l'électricité en utilisant uniquement la partie du rayonnement solaire qui arrive directement du soleil, appelée rayonnement solaire direct. Contrairement au photovoltaïque, elle ne peut pas utiliser efficacement la lumière diffusée par l'atmosphère, le sol ou les nuages.
Cela signifie que le CSP dépend fortement des conditions atmosphériques. Les principaux facteurs qui réduisent le rayonnement solaire direct sont : les nuages, qui ont l'impact le plus important ; les aérosols (petites particules présentes dans l'air, comme les poussières ou les particules de pollution) ; la vapeur d'eau et certains gaz atmosphériques.
Ces éléments peuvent absorber ou disperser une partie de la lumière solaire avant qu'elle n'atteigne la surface terrestre. Plus le trajet de la lumière à travers l'atmosphère est long (par exemple le matin, le soir ou en hiver lorsque le soleil est bas), plus les pertes sont importantes.
Ainsi, les meilleures zones pour installer des centrales solaires CSP sont celles qui présentent : un ciel très dégagé avec peu de nuages ; une faible humidité de l'air ; une forte quantité de rayonnement solaire direct ; des températures favorables pour améliorer le rendement des installations.
Ces conditions se trouvent principalement dans les régions désertiques et arides situées autour des zones subtropicales, notamment dans une large bande allant du Golfe Persique jusqu'à l'Afrique du Nord.
Cependant, tous les déserts ne présentent pas les conditions nécessaires à l'installation de centrales solaires thermiques à concentration (CSP). Un désert est défini principalement par sa très faible quantité de précipitations, mais cela ne signifie pas qu'il bénéficie d'un fort rayonnement solaire direct. Par exemple, l'Antarctique est considéré comme le plus grand désert du monde en raison de son climat extrêmement sec, mais il n'est pas adapté au CSP : les températures très basses, la faible hauteur du soleil dans le ciel, les longues périodes d'obscurité hivernale et la présence de glace limitent fortement l'efficacité de ces installations. Les régions les plus favorables sont donc les déserts chauds situés aux latitudes subtropicales, où le ciel est dégagé, l'air est sec et le rayonnement solaire direct est élevé.
Les meilleures régions pour produire de l'hydrogène vert sont celles qui combinent un fort rayonnement solaire direct, de faibles niveaux de nuages et d'humidité, ainsi que de vastes espaces disponibles. C'est pourquoi les zones désertiques du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord, du Chili, d'Australie et de Namibie figurent parmi les territoires les plus favorables pour développer une production massive d'hydrogène renouvelable (CSP) destiné à l'exportation.
Contrairement au solaire thermique à concentration (CSP), le photovoltaïque (PV) utilise à la fois le rayonnement solaire direct provenant directement du soleil et le rayonnement solaire diffus provenant de la diffusion de la lumière dans l'atmosphère. Il exploite donc le rayonnement solaire global, ce qui rend sa production moins sensible aux variations météorologiques que le CSP.
Par exemple, lors du passage de nuages, le rayonnement solaire direct peut presque disparaître, alors que le rayonnement diffus reste toujours présent grâce à la lumière dispersée dans le ciel. Ainsi, les panneaux photovoltaïques continuent à produire de l'électricité même lorsque le ciel n'est pas parfaitement dégagé, contrairement aux centrales CSP qui nécessitent un fort rayonnement solaire direct.
Cependant, la production photovoltaïque dépend également d'autres facteurs. Une faible intensité lumineuse réduit la quantité d'électricité produite, tandis que des températures élevées diminuent le rendement des panneaux. En effet, lorsque les modules photovoltaïques dépassent leur température optimale de fonctionnement (environ 25 °C), leur efficacité diminue. À l'inverse, un vent modéré peut améliorer légèrement la production en refroidissant les panneaux.
Les régions offrant les meilleures conditions photovoltaïques se situent principalement dans les zones tropicales et subtropicales, entre environ 0 et 35 degrés de latitude nord et sud. Ces régions bénéficient d'un fort ensoleillement annuel et de longues périodes de ciel dégagé.
À proximité de l'équateur, malgré un fort apport solaire théorique, la présence fréquente de nuages liée à l'humidité élevée réduit le rayonnement solaire direct reçu au sol. À l'inverse, les zones subtropicales, où l'air est plus sec et les précipitations plus faibles, présentent souvent les meilleures conditions pour le photovoltaïque.
Contrairement au CSP, le photovoltaïque ne nécessite pas un ciel parfaitement dégagé ni un rayonnement solaire direct exceptionnel. Il peut être développé dans de nombreuses régions du monde, mais les zones combinant un fort ensoleillement, de faibles précipitations et de vastes surfaces disponibles — comme l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l'Australie, le Chili ou certaines régions d'Afrique australe — offrent les meilleures conditions pour produire de l'électricité renouvelable (PV) à grande échelle destinée notamment à la fabrication d'hydrogène vert.
À l'inverse, les régions situées aux moyennes et hautes latitudes (de 35° jusqu'aux régions polaires) reçoivent moins de rayonnement solaire en raison d'un ensoleillement plus faible et d'une plus grande variabilité météorologique. Cependant, des températures plus basses peuvent parfois compenser partiellement ce désavantage, car les panneaux photovoltaïques fonctionnent mieux dans des conditions fraîches.
Contrairement au CSP, le photovoltaïque peut donc être installé dans une grande variété de régions, avec des performances variables mais rarement nulles. Cette flexibilité constitue un avantage majeur : les panneaux photovoltaïques peuvent être déployés aussi bien sous forme de petites installations décentralisées (maisons, exploitations agricoles, pompage d'eau) que sous forme de grandes centrales solaires connectées aux réseaux électriques.
La production d'électricité éolienne dépend principalement de la vitesse du vent, mais elle est également influencée par la température de l'air. L'air froid étant plus dense que l'air chaud, il contient davantage d'énergie et permet aux éoliennes de produire plus d'électricité. C'est pourquoi la production éolienne est généralement plus élevée en hiver qu'en été, avec également des variations entre le jour et la nuit.
Le facteur le plus important reste toutefois la vitesse du vent. Une faible variation de cette vitesse peut entraîner une grande différence de production, car l'énergie disponible dans le vent augmente avec le cube de sa vitesse. Par exemple, un vent deux fois plus rapide contient théoriquement huit fois plus d'énergie exploitable.
Cependant, les éoliennes ne fonctionnent que dans une plage limitée de vitesses de vent :
en dessous de quelques mètres par seconde, le vent est trop faible pour produire de l'électricité ; autour de 10 à 15 m/s, l'éolienne atteint sa puissance maximale ; au-delà d'environ 25 m/s, l'installation est généralement arrêtée pour éviter des dommages liés aux tempêtes.
La qualité d'un site éolien dépend donc fortement de la régularité et de la vitesse moyenne des vents.
Les vents sont également influencés par la nature du terrain. Au niveau du sol, les obstacles comme les montagnes, les forêts ou les bâtiments ralentissent le vent et créent des turbulences. À l'inverse, les surfaces marines offrent de meilleures conditions : la mer présente moins de frottements que les continents, ce qui permet des vents plus forts et plus réguliers. C'est pourquoi les zones offshore (en mer) présentent souvent un potentiel éolien supérieur aux zones terrestres.
Certaines régions marines sont particulièrement favorables, notamment : la mer Rouge ; l'océan Atlantique ; le nord-ouest de la mer Méditerranée, notamment le golfe du Lion.
À l'échelle mondiale, le potentiel éolien n'est pas réparti uniformément. Les régions proches de l'équateur connaissent généralement des vents plus faibles, tandis que les zones situées aux latitudes moyennes bénéficient de vents plus puissants en raison des différences de température entre les régions tropicales et polaires.
Dans ces zones, les mouvements atmosphériques associés aux dépressions et aux anticyclones créent des couloirs de vents réguliers particulièrement favorables à la production d'électricité éolienne.
Ainsi, les régions les plus adaptées au développement de grandes capacités éoliennes sont principalement : les zones côtières exposées aux vents réguliers ; les régions maritimes bénéficiant de vents forts ; certaines plaines et plateaux où les obstacles au vent sont limités.
Ces caractéristiques expliquent pourquoi des pays comme le Maroc, le Chili, l'Australie, le Royaume-Uni, le Danemark, la Norvège, l'Allemagne ou la Chine disposent d'un fort potentiel éolien pour produire de l'électricité renouvelable (éolien) destinée notamment à la fabrication d'hydrogène vert.
Quels secteurs industriels et quels pays doivent accueillir en priorité l'hydrogène vert ?
1. La sidérurgie
Pour fabriquer de l'acier, il ne suffit pas de faire fondre le minerai de fer : il faut d'abord retirer l'oxygène contenu dans ce minerai afin d'obtenir du fer métallique. Aujourd'hui, cette opération est réalisée presque partout dans le monde à l'aide de charbon transformé en coke. Le carbone contenu dans ce coke se combine avec l'oxygène du minerai, ce qui permet de produire du fer, mais libère en même temps de très grandes quantités de dioxyde de carbone (CO₂). C'est pourquoi la production d'acier est l'une des activités industrielles les plus émettrices de CO₂. Une solution consiste à remplacer le carbone par de l'hydrogène dans une technologie appelée « réduction directe du minerai de fer par hydrogène ». Dans ce procédé, l'hydrogène retire lui aussi l'oxygène du minerai, mais au lieu de former du CO₂, il produit essentiellement de la vapeur d'eau. L'hydrogène devient ainsi un agent réducteur propre, capable d'assurer la même fonction que le charbon tout en réduisant considérablement les émissions de carbone. C'est pourquoi il est considéré comme la solution la plus prometteuse pour décarboner durablement la sidérurgie, un secteur où les alternatives sont très limitées.
En 2024, les données de Expometals [1] indiquent que les plus grands producteurs d'acier au monde sont la Chine (1 005,1 Mt), puis l'Inde (149,4 Mt), le Japon (84 Mt), les États-Unis (79,5 Mt), la Russie (71 Mt ) et la Corée du Sud (63,6 Mt).
Derrière eux viennent aussi l'Allemagne, la Turquie, le Brésil et l'Iran.
2. Le ciment
La fabrication du ciment génère des émissions provenant à la fois de la combustion des combustibles nécessaires pour chauffer les fours à très haute température (environ 1 450 °C) et de la transformation chimique du calcaire en clinker, qui libère naturellement du CO₂. L'hydrogène peut contribuer à réduire une partie de ces émissions en remplaçant les combustibles fossiles utilisés pour alimenter les fours, même s'il ne permet pas d'éliminer les émissions issues de la réaction chimique elle-même. Il constitue donc une solution complémentaire, qui devra être associée à d'autres technologies comme le captage et le stockage du carbone.
En 2023, selon les estimations de l'U.S. Geological Survey (USGS), plus précisément du National Minerals Information Center [2], qui publie chaque année les statistiques mondiales de production de ciment, la Chine reste de très loin le premier producteur de ciment avec environ 2 100 millions de tonnes.
L'Inde suit avec 410 millions de tonnes, puis le Vietnam avec 110 millions de tonnes.
Ensuite viennent les États-Unis avec 91 millions de tonnes et la Turquie parmi les cinq premiers.
Parmi les autres pays importants, on trouve l'Iran (65 millions de tonnes), le Brésil (63 millions de tonnes), l'Indonésie (62 millions de tonnes), la Russie (57 millions de tonnes) et l'Arabie saoudite (53 millions de tonnes).
L'Égypte est aussi proche du top 10 selon ce classement, avec une production de 50 millions de tonnes, partageant ainsi la onzième place avec le Japon, la Corée du Sud et le Mexique.
3. La chimie
L'industrie chimique représente un autre marché prioritaire, car elle consomme déjà d'importantes quantités d'hydrogène comme matière première indispensable. Les deux principaux sous-secteurs sont la fabrication des engrais et la production de méthanol. Dans le cas des engrais, l'hydrogène est utilisé pour fabriquer l'ammoniac, composant essentiel de la majorité des engrais azotés utilisés dans l'agriculture mondiale. Sans hydrogène, cette production est impossible. Aujourd'hui, cet hydrogène est principalement fabriqué à partir de gaz naturel, ce qui entraîne d'importantes émissions de CO₂. Le remplacer par de l'hydrogène vert permettrait donc de réduire fortement l'empreinte carbone de toute la chaîne de production des engrais. Le méthanol constitue également un produit chimique fondamental. Il sert à fabriquer de nombreux produits utilisés quotidiennement, notamment des carburants, des solvants, du formaldéhyde, des plastiques, des résines, des peintures, des adhésifs et de nombreux intermédiaires chimiques. Là encore, l'hydrogène est une matière première essentielle à sa fabrication et sa décarbonation passe directement par l'utilisation d'un hydrogène produit avec de faibles émissions de carbone.
Les grands producteurs mondiaux d'engrais sont surtout la Chine, l'Inde, les États-Unis, la Russie et le Canada selon les familles d'engrais, avec une forte domination asiatique [3].
La production de méthanol est fortement concentrée en Chine, au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Iran, Qatar, Oman), en Amérique du Nord (États-Unis, Trinité-et-Tobago) et en Asie du Sud-Est, notamment en Malaisie [4].
4. Le raffinage du pétrole
Enfin, le raffinage du pétrole constitue un secteur où l'hydrogène est déjà utilisé en très grande quantité. Les raffineries en ont besoin pour plusieurs procédés indispensables à la fabrication de carburants conformes aux normes environnementales. Le premier est l'hydrodésulfuration. Le pétrole brut contient naturellement du soufre, qui, lorsqu'il est brûlé dans les moteurs, produit du dioxyde de soufre (SO₂), un polluant responsable notamment des pluies acides et de problèmes respiratoires. Pour éviter cette pollution, le soufre doit être éliminé avant la commercialisation des carburants. L'hydrogène permet cette opération en se combinant avec le soufre pour former du sulfure d'hydrogène (H₂S), un gaz qui peut ensuite être récupéré et traité. Grâce à cette réaction, les carburants produits sont beaucoup moins polluants. L'hydrogène intervient également dans un second procédé appelé hydrocraquage (hydrocracking). Cette opération consiste à casser les grosses molécules d'hydrocarbures présentes dans le pétrole lourd afin de les transformer en molécules plus légères et plus utiles, comme l'essence, le diesel ou le kérosène. L'hydrogène facilite cette transformation tout en améliorant la qualité des carburants obtenus. Sans hydrogène, les raffineries ne pourraient pas produire des carburants répondant aux exigences actuelles de performance, de qualité et de protection de l'environnement. Toutefois, contrairement à la sidérurgie ou à la chimie, la consommation d'hydrogène dans le raffinage devrait progressivement diminuer à mesure que la demande de carburants fossiles baisse avec l'électrification des transports. Ainsi, la priorité stratégique consiste d'abord à remplacer l'hydrogène fossile déjà utilisé dans ces industries par de l'hydrogène vert, puis à développer de nouveaux usages uniquement dans les secteurs où l'électrification directe n'est pas techniquement ou économiquement envisageable. Cette approche permet d'utiliser au mieux une ressource encore limitée tout en maximisant les réductions d'émissions de gaz à effet de serre.
Les principaux pays qui raffinent le pétrole sont surtout les États-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde, la Corée du Sud, l'Arabie saoudite, le Japon, l'Iran, le Brésil et le Canada [5].
Quels transports et quels pays doivent devenir les prochains marchés de l'hydrogène vert ?
Les carburants bas carbone issus de l'hydrogène, qu'il s'agisse des e-fuels (carburants synthétiques produits à partir d'hydrogène renouvelable et de CO₂ capté) ou de l'hydrogène utilisé directement comme carburant, sont encore peu développés à l'échelle mondiale dans les transports routier, aérien et maritime. Aucun pays n'a encore remplacé une part importante des carburants fossiles par ces solutions, mais plusieurs États développent des projets pilotes, des infrastructures de ravitaillement, des unités de production et des démonstrateurs afin de préparer leur déploiement futur. Ces technologies sont particulièrement étudiées dans les secteurs où l'électrification directe est difficile, comme les poids lourds, les avions long-courriers et les grands navires.
Dans le transport routier, l'utilisation de l'hydrogène concerne principalement les véhicules lourds, les bus et certaines flottes professionnelles, tandis que les e-fuels sont davantage étudiés comme solution de remplacement pour les véhicules thermiques existants. Le Japon et la Corée du Sud sont parmi les pays les plus avancés dans le développement des véhicules à hydrogène, notamment grâce au déploiement de voitures particulières, de bus et de camions équipés de piles à combustible. La Chine développe également rapidement des flottes de bus et de poids lourds à hydrogène, en particulier dans les régions industrielles. En Europe, l'Allemagne possède l'un des réseaux de stations hydrogène les plus développés et soutient à la fois les véhicules à hydrogène et les carburants synthétiques pour certaines applications spécifiques. La France, les Pays-Bas et les États-Unis développent également des projets de bus, de camions et de flottes captives fonctionnant à l'hydrogène. Parallèlement, l'Allemagne, le Japon et les États-Unis soutiennent le développement des e-fuels afin de réduire les émissions des véhicules thermiques encore en circulation.
Dans le transport aérien, l'hydrogène et les e-fuels sont considérés comme deux solutions importantes pour réduire les émissions, car l'électrification complète des avions, notamment pour les longues distances, reste très difficile. Plusieurs pays développent des projets d'avions à hydrogène ou de carburants d'aviation durables produits à partir d'hydrogène renouvelable. L'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les États-Unis et le Japon soutiennent des programmes de recherche sur l'utilisation de l'hydrogène liquide dans l'aviation. En Europe, des industriels travaillent sur des concepts d'avions à hydrogène destinés aux vols courts et moyens courriers à partir des prochaines décennies. En parallèle, des pays comme le Chili, l'Allemagne, les Pays-Bas, Singapour et les États-Unis développent des projets d'e-kérosène, produit à partir d'hydrogène renouvelable et de CO₂ capté. Le Chili est notamment reconnu pour son projet Haru Oni, qui combine énergie éolienne, production d'hydrogène vert et fabrication de carburants synthétiques destinés notamment aux marchés internationaux. Toutefois, les carburants d'aviation durables utilisés aujourd'hui proviennent encore majoritairement de matières biologiques, tandis que les e-fuels restent encore à un stade de développement industriel.
Dans le transport maritime, l'hydrogène et ses dérivés (comme l'ammoniac ou le méthanol renouvelable) représentent des solutions prometteuses pour remplacer progressivement le fioul lourd utilisé par les navires. Les pays les plus engagés sont la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas, l'Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, la Chine et Singapour. La Norvège est pionnière dans l'utilisation de navires fonctionnant à l'hydrogène, notamment pour les ferries, tandis que le Danemark et les Pays-Bas développent des projets de production de méthanol renouvelable pour le transport maritime. Le Japon, la Corée du Sud et Singapour investissent fortement dans l'hydrogène et l'ammoniac comme carburants maritimes afin de décarboner leurs ports et leurs flottes commerciales. Les e-fuels marins, notamment l'e-méthanol et l'e-ammoniac, sont également étudiés par plusieurs compagnies maritimes internationales.
Ainsi, les pays les plus avancés dans le développement des solutions de transport utilisant l'hydrogène et les e-fuels sont principalement le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l'Allemagne, la France, les États-Unis, la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, Singapour, le Chili et l'Australie. Cependant, leur utilisation reste encore limitée en raison du coût élevé de production de l'hydrogène renouvelable, du manque d'infrastructures de distribution et de la nécessité de développer de nouvelles technologies de stockage et de transport. À court et moyen terme, l'hydrogène devrait surtout se développer dans les poids lourds, les bus, le transport maritime et certaines applications aéronautiques, tandis que les e-fuels devraient jouer un rôle important dans les secteurs où les carburants liquides restent indispensables, notamment l'aviation et certains transports maritimes.
Les besoins futurs d'importation d'hydrogène et de carburants synthétiques concerneront principalement les pays qui disposent d'une forte demande énergétique mais de ressources renouvelables limitées. En Europe, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, l'Espagne et l'Europe centrale pourraient importer une partie de leur hydrogène renouvelable et de leurs e-fuels afin d'alimenter leurs secteurs industriels, leurs ports, leur aviation et leur transport lourd. En Asie, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, la Chine et Taïwan devraient devenir parmi les plus grands importateurs, en raison de leur forte consommation énergétique, de leur densité de population et de leur manque d'espace pour produire suffisamment d'énergie renouvelable sur leur territoire.
Dans le même temps, certains pays pourraient devenir de grands exportateurs grâce à leurs ressources renouvelables abondantes et à leurs vastes territoires disponibles. Parmi eux figurent le Maroc, l'Algérie, l'Égypte et la Tunisie en Afrique du Nord ; le Chili et l'Uruguay en Amérique du Sud ; l'Australie et la Nouvelle-Zélande dans la région Asie-Pacifique ; ainsi que la Namibie et l'Afrique du Sud en Afrique australe. Les pays du Moyen-Orient, notamment l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman et le Qatar, disposent également d'un fort potentiel grâce à leurs infrastructures énergétiques existantes et leur expérience dans les marchés internationaux de l'énergie.
Conclusion
L'hydrogène vert devra être produit en priorité dans les régions disposant des meilleurs potentiels renouvelables, c'est-à-dire celles qui combinent un fort ensoleillement, des vents réguliers, de vastes surfaces disponibles et des coûts de production compétitifs. Pour le solaire photovoltaïque et le solaire thermique à concentration (CSP), les zones les plus favorables se trouvent principalement en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Égypte, Tunisie), au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Oman, Qatar), ainsi qu'au Chili, en Australie, en Namibie et en Afrique du Sud. Pour l'éolien, les principaux potentiels se situent notamment au Maroc, au Chili, en Australie, en Chine, au Royaume-Uni, au Danemark, en Norvège, en Allemagne et en Uruguay, grâce à leurs ressources éoliennes terrestres et offshore.
Ces régions productrices auront vocation à exporter de l'hydrogène vert ou ses dérivés (ammoniac, méthanol renouvelable, e-fuels) vers les pays où la demande de décarbonation est la plus forte. Les premiers marchés prioritaires seront les industries lourdes déjà fortement émettrices. Dans la sidérurgie, l'hydrogène permettra de remplacer le charbon utilisé pour produire l'acier dans les grands pays producteurs comme la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, les États-Unis, l'Allemagne, la Turquie et le Brésil. Dans la chimie et la production d'engrais, il permettra de décarboner la fabrication d'ammoniac et de méthanol dans des pays comme la Chine, l'Inde, les États-Unis, la Russie, le Canada, l'Arabie saoudite, le Qatar, Oman et l'Iran.
Le raffinage du pétrole constitue également un marché important à court terme, car l'hydrogène est déjà utilisé en grande quantité dans les raffineries. Les principaux pays concernés sont les États-Unis, la Chine, l'Inde, la Russie, la Corée du Sud, le Japon, l'Arabie saoudite, l'Iran et le Canada. L'objectif sera d'abord de remplacer l'hydrogène produit aujourd'hui à partir d'énergies fossiles par un hydrogène vert, avant que ce secteur ne diminue progressivement avec la baisse de la consommation mondiale de pétrole.
À plus long terme, les nouveaux marchés concerneront surtout les transports difficiles à électrifier. Dans l'aviation, l'hydrogène et les carburants synthétiques seront principalement développés dans les pays disposant d'une grande industrie aéronautique et d'importants besoins de décarbonation, notamment l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, les États-Unis, le Japon et le Chili. Dans le transport maritime, l'ammoniac et le méthanol renouvelables seront particulièrement recherchés par les grandes puissances maritimes comme le Japon, la Corée du Sud, la Chine, Singapour, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et l'Allemagne. Pour les poids lourds et les flottes professionnelles, les marchés les plus avancés se trouvent principalement en Chine, au Japon, en Corée du Sud, en Allemagne, en France et aux États-Unis.
Ainsi, la future économie mondiale de l'hydrogène reposera sur une nouvelle relation entre les territoires : les pays riches en ressources solaires et éoliennes deviendront les futurs exportateurs d'énergie renouvelable, tandis que les grands pôles industriels et de transport d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord deviendront les principaux consommateurs. L'enjeu ne sera donc pas seulement de produire le plus d'hydrogène possible, mais de l'orienter vers les secteurs et les pays où il permettra d'éviter le plus d'émissions de CO₂ [7-13].
Références
[1] Expometals. (2025, 9 février). Le principal pays producteur d'acier au monde.
[2] National Minerals Information Center. (2024). Mineral Commodity Summaries 2024: Cement. U.S. Geological Survey.
[3] International Fertilizer Association (IFA). (2021). Global Food Security and Fertilizers. Paris: International Fertilizer Association.
[4] Methanex Corporation. (2025). Annual Report 2024. Vancouver: Methanex Corporation.
[5] Les Clés du Moyen-Orient. (2026, 26 juin). Pétrole : le débit des raffineries. Les 20 premiers pays en 2024.
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