Détroit d'Ormuz et réserves iraniennes, la guerre qui ébranle l'équilibre énergétique mondial - 1ère partie
Détroit d'Ormuz et réserves iraniennes, la guerre qui ébranle l'équilibre énergétique mondial - 1ère partie
Le 28 février 2026, les États‑Unis et Israël ont lancé une opération militaire coordonnée majeure contre l'Iran. Cette opération a été le résultat de tensions accumulées depuis plusieurs années autour du programme nucléaire iranien (ensemble de recherches et installations permettant à l'Iran de produire de l'uranium enrichi, qui peut servir à fabriquer de l'énergie ou, potentiellement, des armes nucléaires) et des capacités balistiques (ensemble de missiles de différentes portées capables de transporter des charges explosives sur de longues distances). Les forces combinées ont mené des frappes aériennes et des tirs de missiles sur de nombreuses infrastructures iraniennes, notamment des bases militaires, des sites de commandement stratégique (centres de contrôle et de coordination des opérations militaires) et des installations liées aux programmes nucléaires et balistiques.
Suite aux frappes, l'Iran a immédiatement riposté. Les ripostes comprenaient le lancement de missiles balistiques, l'utilisation de drones armés, ainsi que des attaques contre des bases américaines et israéliennes situées dans les pays voisins du Golfe. Cette réponse a marqué le passage de tensions latentes à un conflit ouvert.
La guerre a rapidement dépassé un simple affrontement bilatéral. Les frappes et contre‑frappes ont impliqué des acteurs régionaux, comme le Hezbollah au Liban (qui est à la fois un parti politique et un groupe armé, et un acteur majeur dans le conflit Iran – Israël, car il peut lancer des missiles ou attaquer Israël en soutien à l'Iran), et ont menacé la sécurité dans le détroit d'Ormuz (passage maritime stratégique par lequel transitent environ 20% des exportations pétrolières mondiales). Cette zone critique est devenue un point de tension majeur pour le commerce mondial de l'énergie, car tout blocage ou perturbation peut provoquer une hausse rapide des prix du pétrole et affecter l'approvisionnement énergétique international. Cela signifie que la production, le transport et la disponibilité du pétrole et du gaz naturel, qui sont essentiels pour faire fonctionner les économies du monde entier, sont directement perturbés. Le pétrole (liquide extrait du sous-sol utilisé pour fabriquer l'essence, le diesel, le kérosène et d'autres produits) est particulièrement touché, car l'Iran est l'un des plus grands producteurs mondiaux et contrôle partiellement des routes stratégiques pour son exportation. Le gaz naturel (gaz combustible utilisé pour chauffer les bâtiments, produire de l'électricité et alimenter certaines industries) est également menacé, car les infrastructures de production et d'exportation iraniennes peuvent être endommagées ou interrompues. Les marchés de l'énergie (lieux où l'on achète et vend du pétrole, du gaz et de l'électricité) deviennent volatils, c'est-à-dire que les prix montent et descendent rapidement en réaction aux nouvelles sur les frappes, les ripostes ou les risques d'interruption du transport.
Cet article décrypte comment le conflit provoque une incertitude mondiale sur l'approvisionnement énergétique, entraîne une hausse des prix et met en tension la sécurité énergétique des pays dépendant des importations de pétrole et de gaz.
L'Iran : Géant énergétique entravé par les sanctions internationales
L'Iran est très important dans le monde pour l'énergie, parce qu'il possède de grandes réserves prouvées de pétrole et de gaz naturel dans le sol. Ces ressources sont comme de grandes réserves d'essence et de gaz que les autres pays utilisent pour produire de l'électricité, chauffer leurs maisons ou faire fonctionner les voitures. Comme l'Iran dispose de tant de pétrole et de gaz, il peut aider à assurer que tous les pays aient de l'énergie, mais il ne peut pas toujours tout vendre à cause des sanctions internationales contre l'Iran, principalement américaines et européennes, visent à limiter les exportations de pétrole et de gaz pour priver le régime de revenus, en réponse à son programme nucléaire (que certains pays trouvent dangereux), son soutien à des groupes armés dans d'autres pays, comme les Houthis au Yémen ou le Hezbollah au Liban et des conflits récents, comme la "guerre de 12 jours" avec Israel en 2025.
Pour appliquer ces sanctions, les États-Unis, l'Union européenne (France, Allemagne, Royaume‑Uni notamment) et certains organismes internationaux comme l'Organisation des Nations unies (ONU) prennent plusieurs mesures :
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1. Gel des fonds
les États-Unis et l'Union européenne bloquent l'argent de l'Iran dans certaines banques étrangères. Par exemple, si l'Iran vend du pétrole à la Chine et reçoit l'argent sur une banque européenne, il ne peut pas retirer cet argent. Si l'argent arrive sur une banque asiatique ou africaine qui a des liens avec le système financier américain ou européen, la banque peut aussi refuser de transférer les fonds à l'Iran pour éviter de subir des sanctions elles-mêmes. C'est comme si quelqu'un te confisquait ton argent à la banque pour t'empêcher de l'utiliser. Si l'Iran veut acheter des pompes pour ses puits de pétrole ou payer des ouvriers pour entretenir les pipelines, il ne peut pas utiliser l'argent bloqué. Même des transactions pour acheter de l'équipement médical ou de la nourriture pourraient être compliquées si elles passent par des banques touchées par les sanctions.
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2. Interdiction d'assurance pour les pétroliers
les pétroliers iraniens traversent des détroits stratégiques comme le détroit d'ormuz, puis se dirigent vers l'Asie (Chine, Inde, Corée du Sud) ou l'Europe. Les assureurs doivent donc être capables de couvrir des incidents survenant dans n'importe quel pays ou port du monde, ce qui nécessite des compagnies d'assurance internationales.
Un seul pétrolier peut transporter plusieurs millions de barils de pétrole, représentant des centaines de millions de dollars. Si le navire coule, prend feu ou subit une fuite, les coûts dépassent largement ce qu'une assurance locale ou nationale pourrait payer.
Par exemple, un pétrolier chargé de 2 millions de barils de pétrole à destination de la Chine pourrait valoir plus de 200 millions de dollars. Si un accident survient dans le détroit d'Ormuz, il faut qu'une compagnie internationale prenne en charge les dommages, le nettoyage, les réparations et le remboursement de la cargaison. Une petite assurance locale ne pourrait jamais couvrir un tel montant.
Certains ports et pays n'acceptent pas de navires sans assurance internationale reconnue, afin de protéger leurs propres côtes et infrastructures. Par exemple, si un pétrolier iranien arrive au port de Singapour sans assurance internationale, il pourrait se voir refuser l'accès.
Dans le cadre des sanctions, les compagnies d'assurance internationales ne peuvent pas couvrir les grands bateaux transportant du pétrole iranien, appelés "shadow fleet". Cela signifie que si un accident survient — par exemple une collision, une fuite de pétrole ou un incendie — le propriétaire du bateau doit payer tous les coûts lui-même, car aucune assurance ne rembourse ni les réparations, ni la cargaison, ni les dommages environnementaux. Ces navires essaient parfois de rester discrets pour vendre le pétrole malgré les sanctions internationales, mais sans assurance, chaque voyage devient très risqué et coûteux. -
3. Restrictions sur les banques et les navires iraniens
certaines banques iraniennes ne peuvent pas effectuer de paiements internationaux, et certains navires ne peuvent pas accéder librement aux ports étrangers.
Par exemple, si l'Iran vend du pétrole à la Chine et doit recevoir l'argent sur une banque iranienne, cette banque peut être interdite d'utiliser le système financier international. Cela signifie que l'argent ne peut pas être transféré facilement à l'Iran pour payer les ouvriers, acheter des pièces pour les puits de pétrole ou financer les infrastructures énergétiques. De même, un pétrolier iranien se dirigeant vers Singapour ou les Émirats Arabes Unis pourrait être retenu au port pour inspection afin de vérifier qu'il ne viole pas les sanctions. Le navire peut rester bloqué plusieurs jours, retardant la livraison du pétrole à ses clients et rendant le commerce beaucoup plus compliqué et coûteux. Même si le navire arrive au port, si le paiement du client passe par une banque iranienne bloquée, le propriétaire du bateau ne pourra pas recevoir l'argent pour la cargaison, ce qui augmente les risques de pertes financières. -
4. Snapback de l'ONU
en 2025, le Conseil de sécurité de l'ONU, à la demande de certains pays européens (France, Allemagne, Royaume‑Uni, appelés E3), a réactivé une règle spéciale appelée “snapback”. Cette règle remet en place un embargo sur les armes, le pétrole et les équipements pour l'énergie. Concrètement, cela signifie que certains pays ne peuvent plus vendre à l'Iran du matériel nécessaire pour extraire son pétrole ou son gaz, comme des pompes pour les puits, des pipelines ou des équipements de traitement du gaz. Par exemple, une entreprise européenne ne peut plus livrer de turbines pour une centrale à gaz iranienne ou des pièces pour entretenir les puits de pétrole.
Le snapback empêche aussi certains pays d'acheter librement le pétrole iranien sur le marché international. Par exemple, si la China ou l'India voulait acheter du pétrole iranien, leurs entreprises doivent vérifier attentivement que la transaction respecte toutes les règles internationales pour ne pas enfreindre l'embargo. Cela signifie qu'elles ne peuvent pas utiliser certaines banques iraniennes bloquées, ni transporter le pétrole sur des navires non assurés ou figurant sur la “shadow fleet”, ni acheter des équipements interdits pour l'extraction.
Si elles ne respectent pas ces règles, ces entreprises risquent des sanctions financières, comme le gel de leurs comptes dans des banques étrangères, ou des sanctions commerciales, par exemple l'interdiction de vendre leurs produits dans certains pays, ou encore des amendes très élevées. Par exemple, une entreprise chinoise qui paie un pétrolier iranien via une banque sanctionnée pourrait se voir bloquer plusieurs millions de dollars et se faire interdire de commerce avec l'Europe ou les États‑Unis pendant plusieurs années.
En pratique, acheter du pétrole iranien sous embargo devient très compliqué et risqué, car même un petit oubli ou une erreur dans le respect des règles peut coûter très cher aux entreprises étrangères.
Cette mesure est prévue pour durer jusqu'au moins en 2026 et limite directement la capacité de l'Iran à produire et exporter son énergie. En résumé, même si l'Irān possède de grandes réserves prouvées de pétrole et de gaz naturel, qui pourraient fournir de l'énergie à des millions de foyers dans le monde, ces sanctions internationales, décidées par les États-Unis, l'Union européenne et l'ONU, l'empêchent de tout vendre librement. Ces restrictions sont motivées par des raisons de sécurité internationale et de politique, comme le programme nucléaire iranien et les tensions régionales avec d'autres pays du Moyen‑Orient.
Ces ressources stratégiques, situées à proximité critique du détroit d'Ormuz, sont composées de pétrole brut récupérable — estimé à environ 208,6 milliards de barils, soit environ 11,8 % des réserves mondiales de pétrole prouvées [1] — et de gaz naturel, dont les réserves s'élèvent à environ 1 183 milliards de mètres cubes (environ 17 % des réserves mondiales prouvées de gaz naturel) [2]. Elles se concentrent dans les gisements géants de South Pars (champ gazier offshore partagé avec le Qatar dans le golfe Persique) et Ahvaz (champ pétrolier majeur onshore dans le Khouzistan sud-ouest) (Figure 1), dont les exportations doivent obligatoirement transiter par le détroit d'Ormuz (un passage maritime étroit situé entre l'Iran et Oman) (Figure 2), par lequel transite environ 20% du pétrole commercialisé dans le monde. Toute perturbation dans ce passage — par des frappes militaires ou des menaces de blocage — peut retarder ou empêcher l'exportation du pétrole iranien, provoquant une hausse immédiate des prix et une incertitude sur l'approvisionnement pour les pays importateurs.
Les réserves prouvées désignent les volumes de pétrole et de gaz encore enfouis qui sont techniquement et économiquement viables à extraire avec les technologies actuelles. Elles sont généralement certifiées par des organismes internationaux comme l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et l'U.S. Energy Information Administration (EIA). Cela signifie que ces quantités ont été confirmées par des données géologiques et d'ingénierie et qu'on peut les récupérer à un coût rentable. Ces hydrocarbures peuvent ensuite être utilisés pour produire de l'électricité (par exemple dans des centrales électriques à gaz), pour le chauffage industriel ou domestique, ou être transformés en gaz naturel liquéfié (GNL) — c'est‑à‑dire du gaz converti en liquide pour faciliter son transport sur de longues distances.
Cette notion de réserves prouvées est différente de la production, qui correspond au volume réellement extrait chaque année. Selon l'édition 2023 du Statistical Review of World Energy [3], l'Iran a produit en moyenne 3,822 millions de barils de pétrole par jour en 2022, chiffres comprenant pétrole brut, condensats et liquides de gaz naturel. Le rapport indique aussi que la production de gaz naturel a atteint environ 259,4 milliards de mètres cubes la même année. Cela signifie que même si le pays possède des centaines de milliards de barils de pétrole et des milliers de milliards de mètres cubes de gaz dans le sous‑sol, il n'en extrait qu'une fraction chaque jour ou chaque année.
Avec environ 208 milliards de barils de pétrole prouvés, l'Iran se classe au troisième rang mondial, juste derrière le Venezuela (environ 303 milliards de barils, le plus haut total au monde) et Arabia Saudi (environ 267 milliards de barils) mais devant l'Iraq (environ 145 milliards de barils) et les United Arab Emirates (environ 113 milliards de barils) (Figure 3).
Pour le gaz naturel, l'Iran détient les deuxièmes réserves prouvées mondiales, avec environ 1 183 milliards de mètres cubes, juste derrière la Russia (qui détient le plus grand volume d'environ 1 688 milliards de mètres cubes) mais devant le Qatar (environ 858 milliards de mètres cubes) [2].
Ce statut fait de l'Iran un acteur clé pour les pays importateurs d'énergie, car sa capacité à exporter du pétrole et du gaz peut peser sur l'offre mondiale d'hydrocarbures, ce qui lui donne une marge de manœuvre pour influencer les prix mondiaux du pétrole au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et de ses alliés (OPEP et autres pays producteurs coordonnés, souvent appelé OPEP plus ou OPEP+), si les sanctions internationales qui limitent aujourd'hui ses ventes étaient allégées ou levées.
Références
[1] Worldometers. Pétrole en Iran. https://www.worldometers.info/fr/petrole/iran-petrole/
[2] Worldometers. Réserves de Gaz Naturel par Pays. https://www.worldometers.info/gas/gas-reserves-by-country/
[3] Energy Institute. Statistical Review of World Energy. https://www.energyinst.org/statistical-review
[4] World Population Review. (2026). Oil reserves by country 2026. https://worldpopulationreview.com/country-rankings/oil-reserves-by-country
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