Hydrogène vert au Maroc : une ambition forte, mais un cadre réglementaire à la hauteur des enjeux ?
Hydrogène vert au Maroc : une ambition forte, mais un cadre réglementaire à la hauteur des enjeux ?
Le Maroc a déjà commencé à préparer le développement de l'hydrogène vert, mais il n'a pas encore établi toutes les règles nécessaires pour permettre aux entreprises de produire, de stocker, de transporter et de commercialiser cette énergie dans des conditions claires et sécurisées. Autrement dit, le pays a annoncé son intention de développer cette nouvelle industrie et cherche à attirer des investisseurs, mais plusieurs règles pratiques doivent encore être précisées pour transformer les projets annoncés en usines réellement opérationnelles.
Premièrement, en 2019, le Maroc a créé la Commission nationale de l'hydrogène afin de réfléchir à la manière de développer cette nouvelle filière énergétique, de définir les grandes orientations à suivre et d'encourager les différentes administrations concernées à travailler ensemble. Concrètement, cette commission doit contribuer à répondre à des questions essentielles : où produire l'hydrogène vert, quelles ressources utiliser, comment attirer les investisseurs, quelles industries pourraient l'exploiter et quelles mesures l'État doit mettre en place pour développer cette activité. Toutefois, créer une commission chargée de réfléchir et d'orienter une politique publique ne signifie pas automatiquement que les décisions nécessaires sont prises, que les règles sont adoptées ou que les administrations les appliquent effectivement. Pour mieux comprendre, imaginons qu'un gouvernement crée une commission chargée de développer une nouvelle ville : cette commission peut définir les quartiers à construire, prévoir les besoins en logements et identifier les infrastructures nécessaires, mais si personne ne précise les règles de construction, les conditions de raccordement à l'eau et à l'électricité, les procédures d'autorisation et les responsabilités de chaque administration, le projet risque de rester bloqué malgré l'existence d'un plan. Il en va de même pour l'hydrogène vert au Maroc : même si une commission existe depuis 2019, les entreprises ont toujours besoin de règles concrètes pour savoir comment obtenir les autorisations nécessaires à la construction d'une usine, quelles normes de sécurité respecter, comment accéder à l'eau, comment transporter l'hydrogène et comment certifier qu'il a été produit à partir d'énergies renouvelables. La véritable question n'est donc pas seulement de savoir si le Maroc dispose d'une commission, mais de déterminer si celle-ci a permis de transformer les ambitions annoncées en décisions réglementaires concrètes, coordonnées et effectivement applicables.
Prenons un exemple concret : imaginons qu'une entreprise marocaine ou étrangère souhaite investir 1 milliard de dirhams pour construire une usine d'hydrogène vert près de Laâyoune. Son objectif est de produire de l'électricité grâce à des panneaux solaires, d'utiliser cette électricité pour transformer de l'eau en hydrogène, puis de vendre cet hydrogène à une usine d'engrais ou de le transformer en ammoniac pour l'exporter vers l'Europe. Sur le papier, le projet semble intéressant : il peut attirer des investissements, créer des emplois et réduire la pollution industrielle. Cependant, dès que l'entreprise veut passer de l'idée à la réalisation, plusieurs problèmes pratiques peuvent apparaître. Premièrement, elle doit savoir auprès de quelle administration demander l'autorisation de construire son usine et quels documents fournir. Deuxièmement, elle doit savoir si elle a le droit d'utiliser l'eau nécessaire à la production et quelles conditions respecter, particulièrement dans une région confrontée au stress hydrique. Si elle prévoit de dessaler de l'eau de mer, elle doit également connaître les autorisations applicables à cette installation et les règles encadrant les rejets éventuels dans l'environnement. Troisièmement, elle doit connaître les règles de sécurité applicables aux machines qui fabriquent l'hydrogène et aux réservoirs dans lesquels ce gaz sera stocké sous pression. Quatrièmement, elle doit savoir quelles autorisations obtenir pour transporter l'hydrogène ou l'ammoniac jusqu'au client ou au port. Enfin, si elle veut vendre sa production en Europe, elle doit pouvoir prouver, grâce à des documents reconnus, que son produit respecte les exigences applicables en matière d'origine renouvelable et d'émissions de carbone. Le problème est que, si les règles concernant ces différentes étapes sont incomplètes ou si les administrations ne se coordonnent pas correctement, l'entreprise risque de passer plusieurs mois à chercher les autorisations nécessaires, de recevoir des réponses différentes selon les services consultés ou de devoir modifier son projet après avoir déjà engagé des dépenses importantes. Elle peut alors décider de reporter son investissement ou de choisir un autre pays où les procédures sont plus claires. C'est précisément là que la Commission nationale de l'hydrogène devrait jouer un rôle plus concret : elle devrait organiser le travail entre les administrations, identifier les règles manquantes et veiller à ce que les solutions nécessaires soient adoptées. Par exemple, elle pourrait faire en sorte qu'un investisseur dispose d'un document officiel indiquant clairement les étapes à suivre, les administrations compétentes, les pièces à fournir, les délais prévus et les normes de sécurité à respecter. Elle pourrait également coordonner les services chargés de l'eau, de l'environnement, de l'énergie et de l'industrie afin qu'ils examinent les demandes de manière cohérente, au lieu de laisser l'entreprise se débrouiller seule entre plusieurs organismes. Il faudrait aussi qu'elle suive les dossiers bloqués et publie régulièrement les résultats obtenus pour vérifier que les décisions sont réellement appliquées. Autrement dit, créer une commission ne suffit pas : il faut lui donner les moyens de faire travailler les administrations ensemble, de faire adopter les règles nécessaires et de résoudre concrètement les problèmes rencontrés par les investisseurs. L'enjeu pour le Maroc est donc de passer d'une stratégie qui annonce des objectifs ambitieux à un système dans lequel une entreprise sait précisément comment construire son usine, utiliser les ressources nécessaires, respecter les règles de sécurité et commercialiser sa production, sans subir des incertitudes administratives qui risquent de décourager l'investissement.
Deuxièmement, en 2021, le Maroc a lancé l'« Offre Maroc », un dispositif destiné à attirer les investisseurs marocains et étrangers en leur proposant un cadre pour développer des projets d'hydrogène vert. Par exemple, une entreprise étrangère qui souhaite construire une usine d'hydrogène vert dans le sud du Maroc peut envisager d'investir dans des panneaux solaires, des éoliennes et des équipements industriels pour produire cette énergie, puis la transformer en ammoniac vert destiné à la fabrication d'engrais ou à l'exportation. L'objectif du dispositif est donc d'encourager les entreprises à investir au Maroc et à y développer de nouveaux projets. Concrètement, attirer des investisseurs signifie convaincre des entreprises de consacrer leur argent à la construction d'usines et d'infrastructures au Maroc, plutôt que de réaliser leurs investissements dans un autre pays.Toutefois, attirer un investisseur ne signifie pas automatiquement que son usine sera construite, qu'elle fonctionnera correctement ou qu'elle créera les bénéfices économiques attendus. Il faut encore que l'entreprise obtienne les autorisations nécessaires, finance effectivement les travaux, dispose de suffisamment d'eau et d'électricité et trouve des clients pour vendre sa production. Par exemple, si une entreprise annonce un projet de plusieurs milliards de dirhams, mais ne parvient pas à obtenir les autorisations nécessaires ou ne trouve pas de clients prêts à acheter son hydrogène à un prix rentable, le projet risque d'être retardé ou de ne jamais aboutir. Il est donc important que l'État ne se contente pas d'annoncer les investissements prévus : il doit aussi suivre chaque projet, vérifier les engagements des entreprises, mesurer les emplois réellement créés et s'assurer que les bénéfices attendus pour le Maroc se concrétisent.
Troisièmement, le Maroc s'est engagé à réduire de 53 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2035, selon son objectif climatique actualisé. Pour comprendre simplement, les gaz à effet de serre sont des gaz qui retiennent une partie de la chaleur dans l'atmosphère et contribuent au réchauffement de la planète. Ils sont notamment produits lorsque les usines brûlent du charbon, du pétrole ou du gaz pour faire fonctionner leurs machines, lorsque les centrales électriques utilisent des combustibles polluants ou lorsque les véhicules consomment de l'essence et du diesel. Réduire ces émissions signifie donc diminuer la quantité de ces gaz rejetés dans l'air. Par exemple, si une usine utilise du charbon pour produire la chaleur nécessaire à son fonctionnement, elle rejette du dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre. Si cette usine remplace une partie de son énergie polluante par une énergie moins émettrice, elle peut réduire la quantité de gaz rejetés. C'est dans cette logique que l'hydrogène vert peut être utile au Maroc : il peut remplacer certains combustibles polluants dans des activités industrielles où il est difficile de réduire les émissions autrement. Cet hydrogène est fabriqué en utilisant de l'électricité provenant de sources renouvelables, comme les panneaux solaires ou les éoliennes. Cependant, l'hydrogène vert ne permet pas de supprimer automatiquement toute la pollution : il faut aussi tenir compte de l'énergie utilisée, de l'eau consommée, des installations nécessaires et de l'ensemble du processus de fabrication. Prenons un exemple concret : une entreprise souhaite construire une usine d'hydrogène vert près de Laâyoune. Pour fabriquer cet hydrogène, elle doit d'abord disposer d'électricité. Elle peut, par exemple, installer des panneaux solaires pour capter l'énergie du soleil ou utiliser des éoliennes pour produire de l'électricité grâce au vent. Mais elle doit aussi savoir comment obtenir cette électricité, à quel prix elle pourra l'acheter et quelles règles s'appliqueront si elle signe un contrat de longue durée avec un producteur d'énergie renouvelable. Sans règles suffisamment claires, l'entreprise peut avoir des difficultés à prévoir ses dépenses et à savoir si son projet sera rentable. Ensuite, l'entreprise a besoin d'eau pour fabriquer l'hydrogène. Elle peut envisager d'utiliser de l'eau de mer, mais cette eau contient du sel et doit donc être dessalée avant d'être utilisée dans le procédé industriel. Le dessalement consiste à retirer le sel de l'eau de mer pour obtenir une eau adaptée aux besoins de l'installation. Cependant, cette opération nécessite elle-même de l'énergie et des équipements. L'entreprise doit donc savoir quelles autorisations elle doit obtenir, quelle quantité d'eau elle peut utiliser et quelles règles respecter pour protéger l'environnement. Cette question est particulièrement importante au Maroc, où les périodes de sécheresse rendent l'eau de plus en plus précieuse. Par exemple, si une usine consomme de grandes quantités d'eau alors que les habitants de la région connaissent des restrictions, cela peut créer des tensions entre les besoins industriels et les besoins de la population. Il faut donc prévoir des règles claires pour éviter que le développement de l'hydrogène vert se fasse au détriment de l'accès à l'eau potable. Une fois l'électricité et l'eau disponibles, l'entreprise doit utiliser des électrolyseurs pour séparer l'eau en deux éléments : l'hydrogène et l'oxygène. Pour fonctionner, ces machines utilisent de l'électricité. L'entreprise doit donc installer les équipements nécessaires et s'assurer qu'ils fonctionnent correctement. Mais ces installations présentent des risques qui doivent être maîtrisés : l'hydrogène est un gaz très inflammable qui peut provoquer un incendie ou une explosion en cas de fuite et de présence d'une source d'inflammation. Il faut donc prévoir des règles précises concernant l'installation des machines, la ventilation, la détection des fuites, la formation des travailleurs et les équipements de sécurité. Par exemple, si un tuyau laisse échapper de l'hydrogène dans une usine, les travailleurs doivent pouvoir détecter rapidement la fuite et appliquer une procédure de sécurité pour éviter un accident. Le Maroc doit donc disposer de règles adaptées à ces installations et préciser les contrôles que les entreprises doivent effectuer. Après sa fabrication, l'hydrogène doit être conservé dans des installations adaptées, puis transporté jusqu'à l'entreprise qui va l'utiliser ou jusqu'au port où il sera expédié. Cela nécessite des réservoirs, des canalisations ou d'autres moyens de transport conçus pour ce gaz. Il faut donc déterminer les conditions de stockage, les normes de sécurité, les inspections obligatoires et les responsabilités des entreprises en cas d'accident. Par exemple, une entreprise qui produit de l'hydrogène à Laâyoune et souhaite le vendre à une usine située dans une autre région doit savoir comment le transporter légalement et en toute sécurité. Si les règles applicables aux canalisations, aux réservoirs ou aux autorisations de transport sont imprécises, elle risque de rencontrer des difficultés avant même de pouvoir livrer son produit à son client. Il faut également pouvoir prouver que l'hydrogène vendu est bien produit à partir d'énergies renouvelables et connaître les émissions générées pendant sa fabrication. Pour cela, il faut un système de certification, c'est-à-dire un ensemble de contrôles et de documents officiels permettant de vérifier l'origine de l'électricité utilisée et les caractéristiques environnementales du produit. Prenons l'exemple d'une entreprise marocaine qui souhaite vendre son hydrogène à un client européen. Ce client peut lui demander des preuves montrant que l'hydrogène a été produit avec de l'électricité renouvelable et que sa fabrication respecte les exigences environnementales applicables. Si l'entreprise marocaine ne dispose pas de documents reconnus pour apporter ces preuves, elle risque de rencontrer des difficultés pour vendre son produit, même si elle affirme utiliser de l'énergie solaire ou éolienne. En outre, les règles européennes relatives au carbone peuvent entraîner des coûts supplémentaires pour certaines marchandises importées lorsqu'elles sont concernées par le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières. La certification est donc essentielle pour permettre aux producteurs marocains de démontrer la qualité environnementale de leurs produits et de préserver leur accès aux marchés concernés. Enfin, il faut que les entreprises marocaines puissent réellement utiliser cet hydrogène dans leurs activités industrielles. Par exemple, une usine d'engrais peut utiliser de l'hydrogène vert pour produire de l'ammoniac, un élément essentiel à la fabrication de nombreux engrais. De même, une aciérie peut utiliser de l'hydrogène dans certains procédés de fabrication du fer afin de réduire le recours au charbon et de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. Toutefois, ces changements nécessitent des équipements coûteux et des investissements importants. Il faut donc prévoir des règles adaptées, faciliter les autorisations et réfléchir à des mécanismes de financement permettant aux entreprises de supporter le coût de cette transformation. En résumé, l'objectif de réduction des émissions de 53 % à l'horizon 2035 fixe une direction au Maroc, mais pour atteindre cet objectif, le pays doit transformer cette ambition en mesures concrètes. Il doit notamment préciser les règles concernant l'électricité renouvelable, l'utilisation de l'eau, les autorisations de construction, la sécurité des installations, le stockage, le transport et la certification de l'hydrogène vert. Il doit également aider les industries à utiliser cette nouvelle énergie dans des conditions économiquement viables. Sans ces règles et ces mesures d'accompagnement, les investisseurs risquent de rencontrer des difficultés pour réaliser leurs projets et les entreprises industrielles risquent de ne pas pouvoir utiliser l'hydrogène vert à grande échelle. L'enjeu est donc de faire en sorte que l'hydrogène vert ne reste pas un simple objectif annoncé par le gouvernement et les organismes, mais devienne une activité industrielle concrète, capable de réduire la pollution, de créer des emplois et de renforcer la compétitivité des entreprises marocaines.
Sur le plan social et environnemental, le développement de l'hydrogène vert pourrait créer environ 300 000 emplois directs au Maroc d'ici 2030. Cela signifie que de nombreuses personnes pourraient travailler dans la construction des usines, l'installation des panneaux solaires et des éoliennes, la fabrication de l'hydrogène, l'entretien des machines et le transport des produits. Toutefois, pour que ces emplois soient réellement bénéfiques aux travailleurs et aux populations, plusieurs mesures doivent encore être mises en place. Premièrement, la sécurité des travailleurs doit être mieux encadrée. L'hydrogène est un gaz très inflammable : une fuite peut provoquer un incendie ou une explosion si le gaz entre en contact avec une source d'inflammation. Par exemple, si un ouvrier travaille dans une usine d'hydrogène et qu'un tuyau présente une fuite, il doit savoir comment détecter le danger, arrêter les installations et évacuer la zone. L'entreprise doit également disposer de détecteurs de fuite, d'équipements de sécurité et de procédures d'urgence. Le Maroc doit donc préciser les règles de sécurité propres à cette activité et s'assurer que les travailleurs sont correctement formés. Deuxièmement, il faut aider les salariés des industries polluantes à apprendre de nouveaux métiers. Imaginons un ouvrier qui travaille depuis vingt ans dans une usine utilisant des combustibles très polluants. Si cette usine décide de remplacer une partie de ses équipements par des technologies utilisant l'hydrogène vert, cet ouvrier risque de ne plus posséder toutes les compétences nécessaires pour continuer à travailler dans les nouvelles installations. Il serait donc nécessaire de lui proposer une formation pour apprendre à utiliser les nouvelles machines, à entretenir les équipements ou à respecter les nouvelles règles de sécurité. L'objectif est d'éviter que la transition vers une industrie moins polluante se traduise par des pertes d'emplois pour les travailleurs qui ne peuvent pas facilement changer de métier. Troisièmement, les habitants des régions concernées doivent être informés et écoutés avant l'installation des grands projets. Par exemple, si une entreprise prévoit de construire une grande usine d'hydrogène vert près d'un village, les habitants doivent pouvoir connaître les conséquences possibles du projet sur l'utilisation de l'eau, la circulation des camions, l'environnement et les activités locales. Ils doivent également pouvoir poser des questions et faire connaître leurs préoccupations avant que les décisions définitives soient prises. Cette concertation permettrait de repérer les problèmes à l'avance et d'éviter que les populations découvrent les conséquences du projet une fois les travaux commencés. Quatrièmement, il faut mieux protéger l'environnement. Le Maroc dispose déjà de règles imposant des études pour examiner les effets de certains projets sur l'environnement, mais ces règles ne précisent pas suffisamment comment évaluer tous les risques propres aux installations d'hydrogène vert. Prenons l'exemple d'une usine installée dans une région où l'eau est rare : si elle utilise de grandes quantités d'eau pour produire de l'hydrogène, cela pourrait accentuer la pression sur les ressources disponibles pour les habitants, les agriculteurs et les autres entreprises. Il faut donc étudier précisément les besoins en eau avant d'autoriser le projet et vérifier que les ressources utilisées ne mettent pas en danger l'approvisionnement des populations. Il faut aussi contrôler les réservoirs dans lesquels l'hydrogène est conservé sous une pression élevée, vérifier les canalisations et prévoir des mesures pour détecter rapidement les fuites. Ces précautions permettent de limiter les risques pour les personnes et pour l'environnement.
Un autre problème important concerne la preuve que l'hydrogène produit au Maroc est réellement propre. Pour comprendre, imaginons qu'une entreprise marocaine fabrique de l'hydrogène à partir d'électricité solaire et souhaite le vendre à une entreprise européenne. Le client européen peut lui demander des documents officiels prouvant que l'électricité utilisée provient bien d'une source renouvelable et que la fabrication respecte les règles environnementales applicables. Or, le Maroc ne dispose pas encore d'un système national complet et adapté à l'hydrogène permettant de vérifier et de certifier systématiquement ces informations. Il ne suffit donc pas à l'entreprise d'affirmer que son hydrogène est vert : elle doit pouvoir le prouver à l'aide de documents reconnus. C'est ce que l'on appelle la certification. La traçabilité, quant à elle, consiste à pouvoir retrouver les informations sur l'origine de l'énergie utilisée et sur les différentes étapes de fabrication du produit. Cette question est particulièrement importante pour les entreprises marocaines qui souhaitent exporter vers l'Europe. Depuis 2026, le mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières, appelé CBAM, est entré dans sa phase définitive. Ce mécanisme vise notamment certains produits importés, comme l'acier, les engrais et l'hydrogène, et impose des obligations liées aux émissions de carbone selon les règles applicables à chaque produit. Concrètement, une entreprise marocaine qui exporte de l'acier ou des engrais vers l'Europe peut devoir fournir des informations précises sur les émissions produites lors de leur fabrication. Si elle ne peut pas présenter les informations ou les justificatifs exigés, elle risque de rencontrer des difficultés administratives ou de supporter des coûts supplémentaires lorsque les règles du mécanisme s'appliquent à ses produits. Cela peut rendre ses marchandises moins compétitives face à celles d'autres producteurs capables de fournir les preuves demandées. Il est donc important que le Maroc mette en place un système fiable permettant aux entreprises de mesurer leurs émissions, de vérifier l'origine de leur énergie et de faire certifier leurs produits selon les exigences applicables aux marchés visés.
En résumé, le Maroc ne doit pas seulement chercher à produire davantage d'hydrogène vert : il doit aussi protéger les travailleurs, former les salariés, écouter les habitants, préserver l'eau et l'environnement et permettre aux entreprises de prouver que leurs produits respectent les exigences environnementales. Sans ces mesures, les nouveaux projets pourraient créer des risques pour les travailleurs et les populations, accentuer les difficultés liées à l'eau ou compliquer les exportations vers l'Europe. L'objectif est donc de développer cette nouvelle industrie tout en protégeant les personnes, les ressources naturelles et les intérêts économiques du Maroc.
Le parcours administratif représente une difficulté importante pour les entreprises qui souhaitent investir dans l'hydrogène vert au Maroc. Concrètement, cela signifie qu'une entreprise doit obtenir plusieurs autorisations auprès de différentes administrations avant de pouvoir construire et faire fonctionner son usine, sans disposer nécessairement d'une procédure unique qui lui explique clairement toutes les étapes à suivre. Pour comprendre, prenons l'exemple d'un investisseur marocain qui souhaite construire une usine d'hydrogène vert près de Laâyoune et qui prévoit d'investir plusieurs centaines de millions de dirhams dans ce projet. Avant de commencer les travaux, il doit d'abord trouver un terrain adapté et vérifier qu'il a le droit d'y construire une installation industrielle. Il doit ensuite effectuer les démarches nécessaires auprès des services chargés de l'environnement pour faire examiner les conséquences possibles de son projet, notamment sur l'eau, les sols et les populations voisines. Il doit également se renseigner auprès des administrations spécialisée en matière d'énergie pour organiser l'approvisionnement en électricité renouvelable, puis auprès des services chargés de l'eau s'il prévoit d'utiliser de l'eau dessalée pour produire son hydrogène. Enfin, il doit respecter les règles applicables à la construction industrielle, à la sécurité des équipements et au stockage du gaz. Le problème est que chacune de ces démarches peut relever d'une administration différente, avec ses propres formulaires, ses propres documents et ses propres conditions. Par exemple, l'investisseur peut déposer une demande auprès d'un service et découvrir ensuite qu'il doit fournir une étude supplémentaire, obtenir un autre document ou attendre une décision d'une administration dont il ignorait l'intervention. Il peut également avoir du mal à savoir dans quel ordre effectuer les démarches : doit-il obtenir l'autorisation environnementale avant de finaliser son dossier industriel ? Quels documents doit-il présenter pour justifier ses besoins en eau ? Quel organisme doit examiner les installations de stockage de l'hydrogène ? Combien de temps doit-il prévoir avant de pouvoir commencer les travaux ? Lorsque ces informations ne sont pas regroupées dans une procédure claire, l'entreprise risque de perdre du temps, de multiplier les déplacements et les demandes de renseignements, de payer des études supplémentaires ou de retarder le début de son projet. Cette situation peut également compliquer le financement : une banque qui envisage de prêter de l'argent à l'entreprise peut hésiter si elle ne sait pas quand les autorisations seront obtenues ni à quelle date l'usine pourra commencer à produire. Pour remédier à cette difficulté, il serait utile que le Maroc mette en place un guichet unique consacré aux projets d'hydrogène vert. Concrètement, il s'agirait d'un service auquel l'investisseur pourrait s'adresser pour obtenir, dès le départ, la liste complète des autorisations nécessaires, les documents à fournir, les administrations responsables et les délais prévus pour chaque étape. Par exemple, au lieu de devoir contacter séparément cinq ou six organismes pour comprendre comment construire son usine, l'investisseur pourrait déposer son dossier auprès de ce guichet, qui assurerait ensuite la coordination avec les services chargés de l'environnement, de l'énergie, de l'eau et de l'industrie. Chaque administration continuerait à vérifier les aspects relevant de ses compétences, mais les démarches seraient organisées de manière cohérente, avec un suivi permettant à l'investisseur de connaître l'état d'avancement de son dossier. Il serait également important de publier des règles précises concernant les autorisations applicables aux installations d'hydrogène, afin que les entreprises sachent à l'avance quelles exigences elles doivent respecter. L'objectif n'est pas de supprimer les contrôles ou de délivrer automatiquement les autorisations, mais de rendre les procédures plus simples à comprendre, mieux coordonnées et plus prévisibles. Ainsi, le Maroc pourrait réduire les retards administratifs, rassurer les investisseurs et faciliter la réalisation des projets, tout en maintenant les contrôles nécessaires à la protection de l'environnement, à la sécurité des travailleurs et à la bonne utilisation des ressources en eau.
La question de l'eau représente un défi majeur pour le développement de l'hydrogène vert au Maroc, car il faut de l'eau pour fabriquer cette énergie, alors que le pays manque déjà de ressources en eau à cause des sécheresses répétées. Pour comprendre, prenons l'exemple d'une entreprise qui souhaite construire une usine d'hydrogène vert près de Laâyoune. Pour produire de l'hydrogène, elle doit utiliser de l'eau suffisamment pure, puis la faire passer dans des machines qui la séparent en hydrogène et en oxygène grâce à l'électricité. Si cette entreprise utilise de grandes quantités d'eau, elle doit donc trouver une source d'approvisionnement fiable sans aggraver les difficultés des habitants, des agriculteurs et des autres activités économiques de la région. Or, selon les chiffres cités, les précipitations annuelles seraient passées d'environ 12 milliards de mètres cubes à 5 milliards depuis 2023, ce qui illustre la pression croissante sur les ressources hydriques du pays. Dans ces conditions, il serait risqué de développer de grandes usines sans définir clairement d'où viendra l'eau, combien elles pourront en utiliser et quelles règles elles devront respecter en période de pénurie. Par exemple, si une usine continue à recevoir de grandes quantités d'eau alors qu'une commune voisine doit limiter l'approvisionnement des habitants, cela peut créer des tensions et poser un problème de justice dans le partage de cette ressource. Pour éviter ce type de situation, il est recommandé de préciser les autorisations nécessaires pour prélever de l'eau ou installer une usine de dessalement, c'est-à-dire une installation qui retire le sel de l'eau de mer pour la rendre utilisable dans les activités industrielles. Il faudrait également privilégier les installations de dessalement alimentées par des panneaux solaires ou des éoliennes, afin d'éviter qu'elles consomment une grande quantité d'électricité produite à partir de combustibles polluants. Toutefois, produire de l'eau dessalée pour une usine ne suffit pas à résoudre les besoins de toute une région. Il serait donc pertinent d'étudier, projet par projet, la possibilité de construire des installations capables de produire davantage d'eau que les seuls besoins industriels et de mettre une partie de cette eau à la disposition des populations locales, lorsque cela est techniquement possible et compatible avec les besoins de chacun. Par exemple, une installation pourrait être conçue pour alimenter l'usine tout en fournissant également de l'eau à des communes voisines, grâce à des équipements et à des réseaux adaptés. Il faudrait cependant préciser à l'avance qui finance ces équipements, qui gère la distribution et comment l'eau est répartie en période de sécheresse. L'enjeu est donc de développer l'hydrogène vert sans aggraver le manque d'eau au Maroc, en garantissant que les besoins industriels soient anticipés et que les populations locales ne soient pas laissées de côté.
Sur le plan financier, le Maroc a déjà mis en place plusieurs moyens pour encourager les entreprises à investir dans l'hydrogène vert. Parmi ces moyens figurent les avantages prévus par la Charte de l'investissement, le dispositif de l'« Offre Maroc » et les financements destinés à soutenir certains projets pilotes de production d'hydrogène et de ses dérivés. Concrètement, ces dispositifs cherchent à rendre les investissements plus intéressants en facilitant certaines démarches et en accordant, sous certaines conditions, des avantages financiers ou fiscaux aux entreprises. Par exemple, une entreprise étrangère qui souhaite construire une grande installation de production d'hydrogène vert dans le sud du Maroc peut être intéressée par ces mesures, car la construction d'une telle installation nécessite des sommes considérables pour acheter les machines, installer les panneaux solaires ou les éoliennes, aménager les terrains et construire les équipements de stockage. Lors du premier appel à projets de l'« Offre Maroc », cinq investisseurs ont été retenus pour six projets dans les régions du Sud, représentant des engagements d'investissement annoncés de 32,5 milliards de dollars. Ce montant correspond à des investissements annoncés et ne signifie pas nécessairement que toutes les sommes ont déjà été dépensées ni que tous les projets sont achevés. De plus, les dispositifs existants encouragent surtout les grands projets de production, notamment ceux qui visent à vendre de l'hydrogène ou de l'ammoniac à l'étranger, alors que les entreprises marocaines qui souhaitent utiliser cette énergie pour rendre leurs propres usines moins polluantes ne bénéficient pas encore d'un soutien direct suffisamment adapté à leurs besoins. Prenons l'exemple d'une entreprise marocaine qui fabrique de l'acier. Aujourd'hui, elle utilise des équipements industriels fonctionnant selon des procédés traditionnels qui rejettent du dioxyde de carbone. Pour réduire cette pollution, elle souhaite installer de nouvelles machines utilisant de l'hydrogène vert dans certaines étapes de la fabrication. Cependant, cette transformation lui coûterait très cher : elle devrait acheter de nouveaux équipements, adapter son usine, former ses salariés et payer l'hydrogène nécessaire à la production. Même si cette solution permet de réduire la pollution, elle peut être plus coûteuse, au départ, que la méthode qu'elle utilise déjà. L'entreprise risque donc d'hésiter à investir, surtout si ses concurrents continuent à fabriquer de l'acier à moindre coût avec des procédés plus polluants. Le même problème peut concerner une entreprise qui fabrique des engrais et souhaite remplacer progressivement l'hydrogène produit à partir de combustibles fossiles par de l'hydrogène vert pour fabriquer de l'ammoniac. Elle doit financer de nouvelles installations et supporter, au début, des dépenses potentiellement plus élevées, sans être certaine que ses clients accepteront de payer davantage pour des produits moins polluants. Il faut donc distinguer deux types de dépenses. Premièrement, les dépenses de construction et d'équipement : il s'agit de l'argent nécessaire pour acheter les machines, construire les installations et adapter l'usine. Par exemple, si une entreprise doit investir plusieurs centaines de millions de dirhams pour moderniser son site industriel, elle peut avoir besoin d'une aide financière pour réaliser ces travaux. Deuxièmement, les dépenses de fonctionnement : il s'agit de l'argent que l'entreprise doit payer régulièrement pour faire tourner son usine, notamment pour acheter l'énergie, entretenir les machines et rémunérer les salariés. Même si l'entreprise parvient à financer la construction de ses nouvelles installations, elle peut rencontrer des difficultés si l'hydrogène vert qu'elle utilise reste plus cher que les solutions traditionnelles. C'est pourquoi il est important de mettre en place des aides adaptées à ces deux types de dépenses. Pour répondre à cette difficulté, le Maroc pourrait créer des mécanismes de soutien spécifiquement destinés aux entreprises qui utilisent l'hydrogène vert pour réduire la pollution de leurs activités industrielles. Par exemple, l'État pourrait contribuer au financement d'une partie des nouveaux équipements d'une aciérie, accorder une aide temporaire pendant les premières années de fonctionnement ou soutenir des projets pilotes permettant de tester ces technologies avant leur déploiement à grande échelle. Ces aides devraient être accordées selon des critères clairs, notamment la réduction réelle des émissions, la viabilité économique du projet et les retombées pour l'industrie nationale. L'objectif est donc de ne pas seulement aider les entreprises à produire de l'hydrogène vert pour l'exportation, mais aussi de leur donner les moyens financiers de l'utiliser au Maroc pour fabriquer de l'acier, des engrais et d'autres produits industriels moins polluants. Cette orientation permettrait de développer une demande nationale pour l'hydrogène vert, de moderniser les usines marocaines et de réduire leur pollution, tout en évitant que cette nouvelle filière profite principalement aux projets d'exportation sans transformer suffisamment l'industrie du pays.
Le manque de personnes formées et d'équipements techniques spécialisés constitue également un obstacle au développement de l'hydrogène vert au Maroc. Concrètement, pour faire fonctionner une usine d'hydrogène vert, il ne suffit pas de construire des bâtiments et d'acheter des machines : il faut aussi des travailleurs qui savent utiliser ces machines, des techniciens capables de les réparer, des ingénieurs qui maîtrisent le processus de fabrication et des spécialistes capables de vérifier que les installations sont sûres. Or, le Maroc ne dispose pas encore d'une offre complète de formations universitaires et professionnelles consacrées spécifiquement aux métiers de l'hydrogène vert. Prenons un exemple simple : une entreprise souhaite construire une usine d'hydrogène vert à Laâyoune. Elle aura besoin de techniciens capables de surveiller les machines qui séparent l'eau en hydrogène et en oxygène, de détecter les éventuelles fuites de gaz et d'intervenir rapidement en cas de panne. Elle aura également besoin d'ingénieurs capables de contrôler la qualité de l'hydrogène produit et de travailleurs formés aux règles de sécurité. Si les formations adaptées ne sont pas disponibles en nombre suffisant au Maroc, l'entreprise devra former elle-même une partie de ses salariés, faire venir des spécialistes de l'étranger ou envoyer certains employés se former dans d'autres pays. Ces solutions peuvent prendre du temps et augmenter les dépenses de l'entreprise. Pour éviter cette situation, il serait nécessaire de développer des formations dans les universités, les écoles d'ingénieurs et les centres de formation professionnelle. Par exemple, une école pourrait proposer une formation de technicien spécialisé dans la surveillance des électrolyseurs, tandis qu'une université pourrait former des ingénieurs capables de concevoir et de contrôler des installations de production et de stockage d'hydrogène. Ces formations devraient être préparées avec les entreprises du secteur afin que les étudiants apprennent des compétences réellement utiles sur le terrain, notamment à travers des stages dans les usines et des exercices pratiques sur les équipements. Un deuxième problème concerne l'absence de laboratoires marocains disposant des accréditations nécessaires pour réaliser certains essais et contrôles techniques sur les équipements utilisés dans la filière hydrogène. Un laboratoire accrédité est un établissement dont la compétence à effectuer certains tests a été officiellement reconnue selon des exigences précises. Concrètement, avant d'utiliser un réservoir destiné à stocker de l'hydrogène sous pression, il faut vérifier qu'il peut résister aux conditions prévues et qu'il présente un niveau de sécurité suffisant. De même, les canalisations utilisées pour transporter ce gaz doivent être contrôlées afin de vérifier leur résistance et leur capacité à limiter les risques de fuite. Les électrolyseurs doivent également être testés pour s'assurer qu'ils fonctionnent correctement et produisent un hydrogène répondant aux exigences de qualité attendues. Si les entreprises ne peuvent pas effectuer ces contrôles dans un laboratoire marocain disposant de l'accréditation nécessaire, elles doivent faire appel à des laboratoires étrangers. Par exemple, une entreprise qui achète des équipements à l'étranger et souhaite les installer dans son usine au Maroc peut devoir envoyer certains composants dans un autre pays pour les faire tester ou vérifier. Elle doit alors payer les prestations de contrôle, organiser le transport des équipements et attendre les résultats avant de poursuivre certaines étapes de son projet. Cela peut entraîner des coûts supplémentaires et retarder la mise en service de l'usine. Pour remédier à ces difficultés, le Maroc devrait agir sur deux fronts complémentaires : former les travailleurs et renforcer les capacités nationales de contrôle technique. D'une part, il faudrait développer des formations spécialisées et établir des partenariats entre les universités, les centres de formation professionnelle et les entreprises afin de préparer les compétences nécessaires. D'autre part, il serait utile d'investir dans des laboratoires capables de tester les équipements hydrogène et d'obtenir les accréditations reconnues pour les essais concernés. Par exemple, un laboratoire marocain pourrait être équipé pour vérifier la résistance de certains réservoirs, contrôler des canalisations ou tester les performances d'électrolyseurs, selon les essais pour lesquels il serait effectivement accrédité. Les entreprises pourraient ainsi réaliser davantage de contrôles au Maroc, réduire leur dépendance aux laboratoires étrangers et obtenir plus facilement les résultats techniques nécessaires à leurs projets. L'objectif est donc de permettre au Maroc de disposer non seulement des usines qui produisent l'hydrogène vert, mais aussi des travailleurs qualifiés, des ingénieurs et des infrastructures de contrôle indispensables pour faire fonctionner cette industrie de manière sûre, fiable et durable.
Par ailleurs, le Maroc doit encore mieux organiser la demande nationale en produits fabriqués avec moins de pollution, notamment l'acier vert et l'ammoniac vert. Concrètement, produire un produit moins polluant ne suffit pas : il faut aussi trouver des entreprises prêtes à l'acheter. Pour comprendre, imaginons qu'une entreprise marocaine investisse beaucoup d'argent pour fabriquer de l'acier en utilisant de l'hydrogène vert plutôt que des procédés plus polluants. Cette nouvelle méthode peut réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais elle peut aussi coûter plus cher au départ. Si les clients continuent à acheter uniquement l'acier traditionnel parce qu'il est moins cher, l'entreprise risque de ne pas vendre suffisamment sa production pour récupérer son investissement. Elle pourrait alors décider de ne pas construire son usine ou de ne pas utiliser l'hydrogène vert. Pour éviter cette situation, il faut encourager les entreprises marocaines et les organismes publics à acheter davantage de produits industriels moins polluants. Par exemple, lorsqu'un organisme public lance un appel d'offres pour construire un bâtiment ou une infrastructure, il pourrait, lorsque cela est techniquement possible et économiquement justifié, tenir compte des émissions produites lors de la fabrication de l'acier utilisé. De même, les grandes entreprises publiques pourraient étudier la possibilité d'acheter davantage de matériaux et de produits industriels à faible empreinte carbone. Aujourd'hui, les règles des marchés publics marocains ne rendent pas systématique la prise en compte de ce critère environnemental. La préférence nationale, qui vise à favoriser les entreprises et les produits nationaux dans certaines conditions, pourrait également être mieux mobilisée pour soutenir les produits industriels marocains moins polluants, dans le respect des règles applicables. Cela permettrait de donner aux producteurs une perspective de vente plus claire et de les encourager à investir dans de nouvelles technologies.
L'exemple de la sidérurgie, c'est-à-dire l'industrie qui fabrique l'acier, permet de comprendre les difficultés concrètes que le Maroc doit résoudre. Imaginons qu'une entreprise marocaine souhaite fabriquer de l'acier à partir de minerai de fer en utilisant de l'hydrogène vert. Pour réaliser ce projet, elle doit d'abord disposer d'eau et d'électricité renouvelable. Elle doit ensuite acheter des électrolyseurs, qui sont les machines permettant de produire l'hydrogène à partir de l'eau et de l'électricité. Elle a également besoin d'équipements capables d'utiliser cet hydrogène pour retirer l'oxygène du minerai de fer, dans un procédé appelé réduction directe, puis de fours électriques pour transformer le fer obtenu en acier. Tout cela nécessite des investissements importants, des compétences techniques et des autorisations adaptées. Mais même si l'entreprise réussit à construire son usine, elle doit encore trouver des clients prêts à acheter son acier à un prix permettant de couvrir ses dépenses. Par exemple, une entreprise automobile qui fabrique des voitures au Maroc pourrait être intéressée par cet acier moins polluant pour réduire les émissions liées à ses véhicules et répondre aux exigences environnementales de certains marchés. Toutefois, pour que cette possibilité devienne une réalité, il faut que l'acier soit disponible en quantité suffisante, qu'il réponde aux exigences de qualité des constructeurs automobiles et que son prix reste acceptable. Si aucune politique ne facilite la rencontre entre les producteurs d'acier vert et les entreprises susceptibles de l'acheter, les projets risquent de rester limités malgré leur intérêt environnemental. Le développement de cette filière pourrait pourtant présenter plusieurs avantages pour le Maroc. Il pourrait permettre de produire localement certains types d'acier de haute qualité, de réduire la dépendance à certaines importations et de renforcer la compétitivité de l'industrie automobile et d'autres secteurs exportateurs. Pour atteindre ces objectifs, il faudrait donc mieux coordonner les décisions relatives à l'énergie, à l'eau, à l'industrie, au financement et aux marchés publics. Par exemple, les administrations concernées pourraient travailler ensemble pour faciliter les autorisations nécessaires à une usine d'acier vert, tandis que les organismes publics et les grandes entreprises pourraient étudier les moyens de créer des débouchés pour sa production. Il serait également important d'aider les entreprises à accéder aux financements nécessaires pour moderniser leurs installations et adopter des technologies moins polluantes.
Le problème central reste donc la coordination entre les administrations et leur capacité à travailler dans la même direction. Lors d'un atelier institutionnel organisé le 10 février 2026, 91 % des répondants ont jugé la coordination entre les ministères limitée ou inefficace. Cela signifie que, parmi les participants interrogés, la grande majorité estimait que les administrations ne travaillaient pas encore suffisamment ensemble sur les questions liées à l'hydrogène vert. Par ailleurs, 57 % des institutions interrogées ont identifié l'accès aux financements climatiques internationaux comme un domaine dans lequel leurs capacités devaient être renforcées. Concrètement, certains organismes publics peuvent avoir des difficultés à préparer les dossiers nécessaires pour obtenir des financements auprès de bailleurs internationaux, à démontrer les bénéfices climatiques des projets ou à satisfaire les conditions exigées. Pour améliorer la situation, le Maroc devrait renforcer la coopération entre les ministères, clarifier les responsabilités de chaque administration et accompagner les organismes publics dans la préparation des demandes de financement.
En définitive, le Maroc doit agir à la fois sur la production et sur la demande : il ne suffit pas d'aider les entreprises à fabriquer de l'hydrogène vert et des produits moins polluants, il faut aussi créer les conditions permettant aux industries marocaines de les acheter et de les utiliser. Cela nécessite des règles claires, des financements accessibles, des débouchés commerciaux et une meilleure coordination entre les administrations. Sans cette approche commune, le pays risque de développer des capacités de production sans parvenir à transformer suffisamment son industrie nationale. À l'inverse, en organisant la demande et en facilitant les investissements industriels, le Maroc pourrait faire de l'hydrogène vert un outil de réduction de la pollution, de création de valeur locale et de renforcement de la compétitivité de son économie.
Pour remédier à ces difficultés, le Maroc doit prendre plusieurs mesures concrètes afin que les projets d'hydrogène vert puissent se réaliser plus facilement, tout en protégeant les travailleurs, les habitants et l'environnement.
Premièrement, il faudrait améliorer la coopération entre les ministères et les administrations publiques. Concrètement, les services chargés de l'énergie, de l'eau, de l'environnement, de l'industrie et des finances devraient travailler ensemble au lieu de prendre leurs décisions séparément. Par exemple, si une entreprise souhaite construire une usine d'hydrogène vert à Laâyoune, les administrations concernées pourraient examiner ensemble les besoins en électricité, les quantités d'eau nécessaires, les risques environnementaux et les conditions de financement. Cela permettrait d'éviter les contradictions entre les décisions et de résoudre plus rapidement les difficultés rencontrées par les investisseurs.
Deuxièmement, le Maroc devrait créer un guichet unique pour les projets d'hydrogène vert. Il s'agirait d'un service qui aide les entreprises à comprendre toutes les démarches administratives à effectuer. Par exemple, au lieu de devoir contacter séparément plusieurs administrations pour savoir quels documents fournir et quelles autorisations obtenir, une entreprise pourrait s'adresser à ce service pour connaître les étapes à suivre, les délais prévus et les organismes responsables. Les administrations continueraient à effectuer leurs contrôles, mais les démarches seraient mieux organisées et plus faciles à suivre.
Troisièmement, il faudrait mettre en place un système officiel permettant de vérifier que l'hydrogène vendu comme « vert » est réellement produit à partir d'énergies renouvelables. Par exemple, si une entreprise marocaine souhaite vendre son hydrogène à un client européen, elle devrait pouvoir présenter des documents prouvant que l'électricité utilisée provient bien de sources comme le soleil ou le vent et permettant de connaître les émissions générées pendant la fabrication. Ce système de certification aiderait les entreprises marocaines à prouver la qualité environnementale de leurs produits et à répondre aux exigences des marchés sur lesquels elles souhaitent vendre.
Quatrièmement, les règles concernant l'eau et la protection de l'environnement devraient être plus précises. Le Maroc devrait notamment clarifier les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent utiliser de l'eau pour produire de l'hydrogène, installer des équipements de dessalement et construire leurs usines. Par exemple, avant d'autoriser une installation qui consomme de grandes quantités d'eau dans une région touchée par la sécheresse, il faudrait vérifier si cette consommation risque de réduire les ressources disponibles pour les habitants et les agriculteurs. Il faudrait également préciser les études environnementales nécessaires et les mesures de sécurité à respecter pour éviter les fuites, les accidents et les dommages à l'environnement.
Cinquièmement, le Maroc pourrait progressivement faire payer les entreprises en fonction de la pollution qu'elles produisent, grâce à un mécanisme de tarification du carbone. Le principe est simple : plus une activité rejette de gaz à effet de serre, plus elle pourrait supporter un coût lié à ces émissions, selon les règles adoptées. Par exemple, une usine qui utilise des procédés très polluants pourrait avoir davantage intérêt à investir dans des équipements moins polluants si le coût de ses émissions augmente progressivement. Pour que cette mesure soit efficace, il faudrait cependant prévoir des règles claires, mesurer les émissions de manière fiable et accompagner les entreprises dans leur transition afin d'éviter de fragiliser brutalement leur activité.
Sixièmement, il faudrait aider financièrement les entreprises marocaines qui souhaitent utiliser l'hydrogène vert dans leurs propres usines. Aujourd'hui, une entreprise peut être intéressée par la fabrication d'acier moins polluant ou d'engrais produits avec de l'hydrogène vert, mais renoncer à son projet parce que les nouveaux équipements coûtent trop cher. L'État pourrait donc étudier des aides pour financer une partie des investissements ou soutenir temporairement les entreprises pendant les premières années de fonctionnement. L'objectif serait de permettre aux industries marocaines de réduire leur pollution sans supporter seules des dépenses qu'elles auraient du mal à financer.
Septièmement, le Maroc devrait former davantage de travailleurs et renforcer ses moyens de contrôle technique. Par exemple, les universités et les centres de formation professionnelle pourraient préparer des techniciens capables de faire fonctionner les machines qui produisent l'hydrogène, de détecter les fuites et d'entretenir les installations. Le pays devrait également développer des laboratoires disposant des accréditations nécessaires pour tester certains équipements, comme les réservoirs sous pression et les canalisations. Cela permettrait aux entreprises de réaliser davantage de contrôles au Maroc, sans devoir systématiquement envoyer leurs équipements à l'étranger.
Huitièmement, les pouvoirs publics pourraient encourager davantage l'achat de produits industriels moins polluants fabriqués au Maroc. Par exemple, lorsqu'un organisme public achète de l'acier pour construire une infrastructure, il pourrait, lorsque cela est possible et conforme aux règles applicables, prendre en compte les émissions produites pendant la fabrication de cet acier. Les grandes entreprises industrielles pourraient également s'engager à acheter de l'acier ou de l'ammoniac à faible empreinte carbone si ces produits répondent à leurs besoins et si les conditions économiques sont acceptables. Cela donnerait aux producteurs marocains des possibilités de vente plus concrètes et les encouragerait à investir dans des procédés moins polluants.
En définitive, le principal problème du Maroc n'est pas le manque de soleil, de vent ou d'ambition, mais la difficulté à transformer ses objectifs en règles précises et en actions concrètes. Le pays a la possibilité de produire de l'hydrogène vert grâce à ses ressources renouvelables, mais il doit encore mieux organiser les autorisations, la gestion de l'eau, la sécurité des installations, les financements et les débouchés commerciaux. Si ces conditions ne sont pas réunies, les projets risquent de prendre du retard, de coûter plus cher ou de profiter principalement aux entreprises qui produisent de l'hydrogène pour le vendre à l'étranger. À l'inverse, si le Maroc met en place des règles claires et aide ses entreprises à utiliser cette nouvelle énergie, l'hydrogène vert pourrait aussi servir à moderniser les usines nationales, à fabriquer de l'acier et des engrais moins polluants, à créer des emplois qualifiés et à développer de nouvelles activités industrielles. Par exemple, au lieu de simplement produire de l'hydrogène pour l'exporter vers l'Europe, le pays pourrait en utiliser une partie pour fabriquer localement des produits industriels à plus forte valeur ajoutée. Cela permettrait de conserver davantage de valeur économique au Maroc et de renforcer la compétitivité de ses entreprises sur les marchés internationaux. L'enjeu est donc de développer cette filière sans négliger les besoins de la population, notamment l'accès à l'eau, la sécurité des travailleurs et la protection de l'environnement. La réussite de l'hydrogène vert au Maroc dépendra ainsi non seulement de sa capacité à attirer des investisseurs, mais surtout de sa capacité à transformer les investissements annoncés en usines opérationnelles, en emplois durables, en activités industrielles locales et en réductions réelles des émissions de gaz à effet de serre.
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