Pérennité et performance économique basées sur de profondes valeurs

Questionnaire

A Monsieur Ahmed Benjilany

Directeur Général de La Société Anonyme Chérifienne d’Etudes minières
S A C E M

1-Avant de poser des questions relative à la situation de la SACEM , voulez vous rappeler pour nos lecteurs quels sont précisément, les domaines d’intervention de la société?
A. Benjilany : La SACEM, comme son nom l’indique et conformément à son statut, intervient dans la recherche et l’exploitation minière en général, son principal domaine d’activité ayant jusqu’à ce jour concerné l’exploitation du manganèse.

2-Sur quelle activité, la SACEM se démarque –t-elle par rapport à la concurrence?
A.Benjilany : Il n’y a pas de concurrence nationale, mais à l’International le « Label SACEM » est reconnu mondialement.
Le Mn de la SACEM est de bonne qualité et ses caractéristiques permettent son utilisation dans les domaines de la chimie, de la coloration, de la médecine et de la construction…

Ainsi, par exemple, dans le domaine des Ferro-Alliages (Fer Rond de construction ), une des sociétés chinoises, cliente de la SACEM et qui a participé à la construction du Stade Olympique de Pékin (Chine) a utilisé du fer à béton allié à du manganèse marocain.

3-Après une période de baisse de productivité, la SACEM a repris sa position sur un marché où elle est quasiment monopoliste ; quelles ont été les bases du redressement et les fondements de cette forte reprise?
A. Benjilany :
Il est plus juste de parler de baisse de production plutôt que de productivité. En effet, après une belle période de prospérité, la SACEM a traversé des années difficiles résultant de la faiblesse du cours du manganèse, et d’un rétrécissement du marché dans le créneau étroit correspondant à son produit.
En 2004, la situation s’est aggravée suite à une brutale chute des ventes due à la perte d’un client important. L’entreprise a du, dans un premier temps, procéder à une réduction du temps de travail avant d’être contrainte de mettre en arrêt complet les exploitations avec les conséquences négatives que cela a entraîné, particulièrement dans le domaine du social, mais aussi dans le domaine technique, un outil de production qui ne tourne pas se dégradant faute de renouvellement.
Il faut préciser que la SACEM ne détient pas un monopole de droit pour le minerai de Mn, mais qu’il s’agit d’un monopole de fait, renforcé parce que le minerai extrait à IMINI est de bonne qualité et facilement valorisable, sans équivalent sur le territoire national ; ceci ne portant pas à conséquence, car le marché du manganèse est un marché international et les utilisateurs du produit sont situés à l’étranger. Par contre, la SACEM a vocation à faire des études et à développer des exploitations minières pour toutes les substances minérales, comme je viens de l’indiquer.

Pour répondre à la deuxième partie de votre question, il faut d’abord rappeler que les administrateurs marocains et étrangers se sont refusé à liquider l’entreprise durant les années difficiles, conscient du potentiel disponible et soucieux, en accord avec les pouvoirs publics locaux, de maintenir un foyer d’emploi dans une région globalement défavorisée. C’est sur cet arrière plan que Mme Amina Benkhadra – notre actuel Ministre de l’Energie, des Mines, de l’Environnement et de l’Eau potable – alors Directrice Générale de l’ONHYM et Présidente du Conseil d’Administration de la SACEM, avait donné les directives nécessaires pour l’élaboration et la conduite d’un plan de redressement visant à sauver cette mine et à en assurer la relance. Elle a été appuyée dans cette orientation par une forte volonté des pouvoirs publics et a reçu la pleine adhésion et le soutien des administrateurs et actionnaires Français et Marocains.

Cette volonté a été traduite par un plan stratégique de redressement au niveau de la Direction Générale de la SACEM, plan décliné en objectifs opérationnels pour la production, la commercialisation et les finances de l’entreprise, avec en accompagnement des objectifs propres à la gestion des ressources humaines minières et notamment l’instauration d’un dialogue social permanent et de nouvelles procédures de gestion des relations sociales (réunions, procès verbaux, planning).
Enfin, la mise en œuvre du plan de redressement a été entreprise parallèlement avec la restauration de la confiance, en appliquant une politique de transparence dans les relations avec tous les acteurs (hiérarchies, collaborateurs, partenaires sociaux, clients, fournisseurs, prestataires de services, et autres organismes).
Actuellement, conscient de la force mobilisatrice de valeurs pertinentes, nous agissons pour introduire dans la culture de la SACEM les concepts clés d’Humanisme et d’Environnement.
En résumé la reprise de l’activité d’IMINI forme un projet de société à vocation économique, cela va de soit, mais avec aussi vocation à participer au développement humain dans la région (alphabétisation, formation professionnelle, santé, culture,….).

4-Comment se porte donc, aujourd’hui la SACEM?
A. Benjilany : «  Après la pluie , le beau temps » et j’ajouterai la «  moisson ». La SACEM, après la période critique où elle a failli déposer les bilans (perte de clientèle, arrêt de la production, crise sociale, grève) est « sortie du tunnel », ceci grâce à la stratégie clairvoyante de relance adoptée qui s’est heureusement conjuguée avec une évolution favorable du marché.

On peut considérer aujourd’hui que l’assainissement de la société, bien engagé, sera mené à bonne fin, ce qui, ajouté aux perspectives encourageantes dans le domaine commercial permet de bâtir un plan de développement pour la période quinquennale à venir.

L’assainissement en cours a été rendu possible par une série d’actions menée avec détermination depuis 2 ans.
Une intense activité commerciale a été déployée, axée surtout vers la prospection de nouveaux clients utilisateurs, mais aussi sur la renégociation des prix de vente. Cette action a permis à la société de gagner de nouveaux clients dont la Chine, d’élargir la palette des produits vendus jusqu’au placement sur le marché de ses anciens rejets de traitement et d’amorcer un réajustement des prix de vente permettant de dégager une marge bénéficiaire substantielle.
Par ailleurs, un important programme de réduction des coûts au niveau de la production a été mis en œuvre avec des résultats encourageant à partir de 2007.

C’est ainsi qu’au final, la production a connu, entre 2007 et 2008 une hausse de + 110%, alors que le chiffre d’affaire pour la même période progressait de +319%, ce qui a permis une sensible réduction de la dette accumulée au cours des précédentes années maigres et en particulier l’apurement de tous les arriérés de salaires.
L’effectif a été consolidé entre 2007/2008 à 100 personnes.
Aujourd’hui ces actions continuent avec en plus un effort particulier en faveur du développement humain à travers des actions sociales, culturelles et humanitaire .

5-Dans le secteur minier, l’autonomie de la Sacem ne représente-t-elle pas parfois un frein à son élan de développement et n’y a-t-il pas de risques quant au chevauchement de ses activités avec celles l’ONHYM, par exemple?
A.Benjilany : L’autonomie de la SACEM ne constitue nullement un handicap, au contraire, celle-ci confère à l’entreprise la souplesse de fonctionnement et les capacités réactives propres aux sociétés du secteur privé comme en témoigne les résultats du plan de redressement que je viens d’évoquer. Par ailleurs, la forte participation de l’Etat au capital, traduite par la Présidence du Conseil d’Administration garanti la prise en compte de l’intérêt national par la société.
Quant à la crainte de chevauchements avec les activités des autres opérateurs miniers dont l’ONHYM, elle n’a pas lieu d’être, les champs d’opération, les missions et attribution étant clairement séparés ou distincts .
L’ONHYM joue pleinement son rôle vis-à-vis de la SACEM en tant qu’administrateur et organisme reconnu mondialement par ses compétences et son savoir faire dans le domaine de la recherche minières et la prospection géologiques entre autres, ce qui permet de construire des partenariats utile à la SACEM.

6-Quels sont les projets et les chantiers prévus par la société pour les années à venir et quelle est sa stratégie de développement?
A. Benjilany : la stratégie de la SACEM a été étudiée et arrêtée conjointement avec la participation de tous les administraeurs et actionnaires.
Elle consiste dans un premier temps (2005-2007)  en un redémarrage de l’activité et en une élaboration d’un plan de développement (2008-2012) avec comme axes principaux : la conduite d’études visant une redétermination des réserves, la modernisation des outils de travail et de production, l’élargissement du portefeuille commercial et la poursuite du développement du social.
Les résultats escomptés étant le maintien d’un niveau de production permettant de rentabiliser l’exploitation, de diversifier ses produits, et d’atteindre un chiffre d’affaire et des résultats financiers largement et durablement positifs.