Environnement

Chaleur Caniculaire, Incendies Gigantesques à Répétition : Des Signes du Changement Climatique ?

Des incendies de forêts attisées par une combinaison fatale de chaleur caniculaire et de stress hydrique font les manchettes à travers le monde
Plusieurs zones du monde sont davantage exposées à des vagues de chaleur, à plusieurs méga-feux qui se propagent et menacent des villes avec une violence soudaine et catastrophique.
On voit des villes dévorées par les flammes, des pompiers qui jugulent l’expansion du feu dans les forêts, des nuits difficiles pour les habitants invités à rester « confinés » tant que l’incendie n’est pas « fixé », et des vents forts qui soufflent dans certaines régions et qui complique la tâche des équipes d’intervention.
Le Maroc, à l’instar de plusieurs pays dans le monde, n’échappe pas à cette multiplication des épisodes caniculaires et n’a pas pu éviter de subir en plein fouet des incendies dévastatrices.
En outre, ces températures suffocantes s’accompagne d’une sécheresse qui s’étend comme un déficit pluviométrique, mais aussi comme un déficit d’eau dans le sol. En effet, les pluies tardives ont engendré une croissance
de l’herbe, tandis que les valeurs extrêmes de températures élevées enregistrées dernièrement ont provoqué le dessèchement des herbes, qui sont devenus très inflammables, et donc toute petite étincelle peut contribuer au risque de départ de feu.
Les forêts sont fragilisées par les sécheresses chroniques ; c’est d’autant plus grave qu’elles sont un puit de carbone qui prélève une partie du CO2 de l’atmosphère.

Y-a-t-il une relation entre ces scènes de désolation qui sont de plus en plus ingérables pour les pompiers et le changement climatique ?
Chaque fois que se produit un évènement météorologique d’une fréquence et intensité qui nous paraît anormale, on
blâme le changement climatique. Savoir si le changement du climat est—tout ou partie—la cause d’un évènement
météorologique exceptionnel est important pour mieux y faire face dans l’avenir.
Je vous épargne un peu de suspense, et explique d’abord les trois ingrédients indispensables pour qu’un feu se déclenche: un combustible, un comburant et aussi une énergie d’activation, une source de chaleur. Dans le cas des feux de forêt, la végétation tient lieu de combustible, l’air et l’oxygène qu’il contient jouent le rôle de comburant et la moindre
étincelle peut alors suffire à apporter une énergie d’activation suffisante et enflammer les herbes sèches puis les arbres et enfin la forêt toute entière.
Ces étincelles peuvent avoir des causes naturelles qui sont en fait rares ; et celles liées à une action humaine, par accident (ex. mégots de cigarettes mal éteint et jeté par terre ou par la fenêtre d’une voiture, barbecue mal maîtrisé à proximité de végétaux, brûlage du couvert forestier pour exploitation agricole, utilisation d’outils susceptibles de provoquer des étincelles) ou de manière délibérée dû à la malveillance ou la méconnaissance des dangers de certaines pratiques.
Jusqu’au là les humains ont une part de responsabilité considérable dans la gravité de la situation.
Ce que nous vivons aujourd’hui est aussi un avant-goût de notre climat futur qui est aussi dû incontestablement à l’influence humaine. En effet, le rapport du groupe de travail 1 [1] du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC ; en anglais : Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC)—qui traite la
compréhension physique du système climatique et du climat, comment il fut, est et sera dans le futur en fonction des différents scénarios possibles d’émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) par l’humanité—a précisé que 100% du réchauffement climatique est dû aux activités humaines. C’est aujourd’hui un fait établi, sans équivoque. Ces dernières années ont été 1.1°C plus chaudes comparé à la période1850-1900. On voit sur la figure 1 que lorsque les chercheurs simulent par modèles et calculs le climat depuis 1850, seules les simulations qui tiennent compte du changement de la composition chimique de l’atmosphère par nos émissions de GES parviennent à reproduire les températures observées. Les simulations qui ne tiennent compte que des facteurs naturels simulent un climat stable,
très éloigné du réel observé.
L’intensification de l’effet de serre atmosphérique par nos émissions de GES—la plupart dues à l’usage des énergies fossiles, charbon, gaz et pétrole— est la cause du réchauffement climatique. Cette intensification a bousculé l’équilibre entre l’énergie solaire qui entre dans le système climatique planétaire et l’énergie que la terre rayonne vers l’espace.

Figure 1: Changement de la température à la surface du globe (moyenne annuelle) tel qu’observé et simulé avec les facteurs humains et naturels « vert clair » et les facteurs uniquement naturels « marron clair » (sur la même période de 1850 à 2020). Source : le « Résumé à l’intention des décideurs » ou « Summary for Policymakers (SPM) ».

Les effets du réchauffement climatique ne se limitent pas à une simple hausse des températures moyennes mais modifie également le régime des pluies ou encore la fréquence et l’intensité des phénomènes étéorologiques extrêmes (vagues de chaleur, inondations, feux de forêts, ouragans, etc.) avec leur cortège d’effets désastreuses sur les écosystèmes, l’agriculture ou la santé humaine [2] dans toutes les régions du monde, selon le rapport du groupe de travail 2 du GIEC [3] qui porte sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique.
La figure 2 montre clairement qu’à mesure que le climat va se réchauffer et va entraîner des étés plus chauds et plus secs, les vagues de chaleur et les sécheresses (conditions idéales pour le déclenchement d’incendies de forêt) vont devenir plus importants et plus fréquents.

Figure 2 : La probabilité d’occurrence de différents évènements extrêmes selon les possibles réchauffements. Source: le « Résumé à l’intention des décideurs » ou « Summary for Policymakers (SPM) ».

Ces évènements s’intensifient et n’épargnent aucune région du monde [4]. Mais, les zones climatiques réagissent différemment en fonction de leur géographie, du type de sol ou des courants océaniques. C’est l’un des éléments de la justice climatique. La figure 3 permet de voir, selon les évènements météorologiques extrêmes, quelles régions seront touchées et avec quel degré de confiance.

Figure 3 : Les évènements météorologiques extrêmes montrant quelles régions seront touchées et avec quel degré de confiance. Source : le « Résumé à l’intention des décideurs » ou « Summary for Policymakers (SPM) ».

La conclusion est que la multiplication des canicules, sécheresses et incendies de forêts comme celle qui s’abat actuellement dans les quatre coins du monde est un signe indubitable du changement climatique dont la responsabilité revient aux humains. On ne peut pourtant pas tout mettre sur le dos du changement climatique qui ne fait qu’aggraver des évènements météorologiques qui se seraient produits sans lui à une échelle un peu moindre.


Références
[1] Climate Change 2021: The Physical Science Basis. Working Group I Contribution to the IPCC Sixth Assessment Report.
[2] Ayat-allah Bouramdane, « L’extrême va-t-il progressivement devenir la norme ? Quelles sont les conséquences et les solutions ? », Énergie/mines & carrières.
[3] Climate Change 2022: Impacts, Adaptation and Vulnerability. Working Group II Contribution to the IPCC Sixth Assessment Report.
[4] Flannigan, M. D., Krawchuk, M. A., De Groot, W. J., Wotton, B. M., & Gowman, L. M. (2009). « Implications des changements climatiques pour les incendies de forêt mondiales » “Implications of changing climate for global wildland fire.” International Journal of Wildland Fire. https://doi.org/10.1071/WF08187
Ayat-allah Bouramdane (PhD)
Ingénieure-chercheure dans le domaine des énergies renouvelables, flexibilité d’énergie (ex., stockage) et variabilité/changement climatique.

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