M. Gourichi, président de la C.E.D à la Chambre de pêche Agadir

La pêche halieutique aux aguets des professionnels dans la région

La valorisation du secteur de la pêche dans la région d’Agadir va bientôt se réaliser par la création du «Parc Haliopolis». C’est un projet de portée rigoriste qui va permettre au tissu industriel de se développer et contribuer à l’élévation du potentiel de transformation à quelque 500.000 tonnes. Ce méga-projet s’étend sur 150 ha dans la commune de Drarga et prévoit la création de plus de 20.000 emplois avec un coût global d’investissement de 6,6 milliards de DH. C’est une manne qui permettra l’élargissement du champ d’action dans le domaine de la pêche et c’est dans cet esprit que nous sommes entretenus avec M. Gourichi,président de la Commission d’étude et développement à la Chambre de pêche d’Agadir, dont acte.

Énergie & Mines : Comment appréciez-vous la situation du secteur de la pêche à Agadir ?

M.Gourichi : Le secteur de la pêche connaît plusieurs problèmes très délicats depuis 10 ans, et on sait qu’au dépend des efforts du ministère de tutelle pour organiser ce métier, les professionnels n’aident pas dans ce sens, et chacun agit pour soi, à l’image de l’épuisement des stocks A et B, sans suivre une exploitation raisonnable et scientifique, qui sauvegarderait les réserves halieutiques.
Je rappelle que Feu SM Hassan II avait demandé que ce métier soit organisé, et plusieurs acquis ont été concédés, parmi lesquels la création de la Chambres de pêche, l’unification des ports, et la création de l’ONP comme interlocuteur unique avec les professionnels. Et moi en tant que président de la commission «Etude et développement», je demande directement à monsieur le ministre de venir voir de près les défaillances du secteur et réfléchir aux solutions. Concrètement plusieurs coûts alourdissent notre champ d’action, parmi
ces charges le prix excessif du gasoil qui n’est plus subventionné, les taxes, le prix des équipements, les charges sociales, l’activité informelle et le marché-noir qui représente 60% des ventes à cause des prix pratiqués dans les halls.

Quelles sont les solutions à suggérer ?

Déjà il faut revoir la tarification du gasoil, je rappelle que dans les années 90 on ne payait pas la TIC, et il faut garder le prix
de la tonne du gasoil à 3000 DH maximum, même si le prix du baril atteint les 80 ou 100 dollars. Le deuxième point concerne le prélèvement de 15% de taxe à la source plus les autres taxes, ces taxes sont injustes et ne prennent pas en compte le cas des bateaux qui dépensent plusieurs milliers de DH sans rapporter de poisson, la solution consiste à les remplacer et appliquer un abattement sur le CA de 40% par exemple, les 60% restante seront taxées. Et il faut aussi avoir une dérogation de la loi de Finances sur les activités relevées du secteur, avec une prorogation d’échéance de paiement.

Quelle situation vit le port d’Agadir ?

Il faut investir dans le port de pêche d’Agadir surtout dans ses infrastructures, et également assainir la situation des entreprises en faillite et qui ont laissé leur bateau et équipements sur les quais, encombrant ainsi l’espace disponible. La capacité d’accueil actuelle dépasse largement nos besoins, mais il faut faire évacuer les bateaux de haute pêche qui ne sont plus en activité.
Le port de pêche d’Agadir est très important pour les gens qui y travaillent pour subvenir à leur besoin famillial, et sa situation stratégique au milieu d’Agadir est un facteur qui joue dans sa faveur contre tout projet de marina ou autre.

Et les subventions pour relancer le secteur ?

Dans les années 90, les professionnels ont adopté une convention de gel d’investissement, ce qui a limité l’octroi d’autorisations pour la construction de bateaux nouveaux.
Mais cette convention n’est plus respectée et le programme Ibhar – subvention et mise à niveau les pêcheurs – a été gelé. Nos voisins espagnols accordent une aide aux pêcheurs de 70% pour la mise à niveau, plus des taux bancaires minimales. Et je réitère mon souhait à M. le ministre de la Pêche pour qu’une réunion de travail avec les professionnels puisse faire éclaircir les idées.

Propos recueillis par
M. Moudarir