Le marbre, une carrière à haute tension

UN SILENCE total entoure le secteur du marbre. Pourtant, beaucoup d’observateurs constatent, sans prendre la peine de fouiner, que les marbriers se font une fortune en peu de temps. C’est l’Etat qui perd des sommes d’argent astronomiques tant sur l’exploitation que sur l’importation des matériaux de travail sur cette roche noble.

Le marbre est une roche métamorphique dérivée du calcaire, existant dans une grande diversité de coloris, pouvant présenter des veines, ou marbrures (Veines et coloris sont dus à des inclusions d’oxydes métalliques, le plus souvent.).

Certains types de marbres portent des noms particuliers, par exemple le cipolinou la griotte. Le mot vient du latin «marmor», d’où l’adjectif marmoréen, «de marbre». La sensation de froid que l’on a en touchant du marbre, bien qu’étant à la température ambiante, est uà sa forte effusivité thermique. Il se prête bien à la taille et est très utilisé en construction, en décoration ou en sculpture. On peut s’en servir pour la salle de bains, mais n’est pas recommandé comme surface de travail pour la cuisine. Le marbre est très poreux (voir les minéraux qui le composent) ce qui, en contact avec certaines substances alimentaires, provoque sa détérioration.

L’utilisation du marbre comme matériel décoratif a été vue pour la première fois dans la construction intérieure des églises, en Occident.

En Afrique du Nord, on sait qu’il a servi, dès le milieu du deuxième siècle av. J. -C, à la construction et la décoration d’un sanctuaire monumental commandité par le roi numide Micipsa (148 à 118 av. J. -C.). Le marbre est aussi massivement utilisé pour la fabrication du dentifrice.

Il va de soi que lorsque toute cette richesse va à la caisse personnelle et dans les comptes des membres de la famille, les caisses de la Trésorerie générale ne peuvent que souffrir de ce manque à gagner.

D’abord, jouir d’un agrément ou une autorisation d’exploitation d’une marbrière représente un privilège. Car il n’est pas donné à tout le monde d’extraire le marbre et de le commercialiser. Son traitement après extraction nécessite également du matériel et des frais. Cependant, le secteur ne manque pas de magouilles qui sont à l’origine de richesses inimaginables alors que c’est l’Etat qui devait tirer profit de ces gisements naturels. Selon des observateurs proches du domaine, la majorité écrasante des bénéficiaires de l’exploitation marbrière ne respecte aucune norme. Sur les blocs extraits, c’est le 1/10 qui est déclaré. Les quotas d’extractions ne sont non plus nullement respectés. C’est ce qui fait qu’une carrière qui devrait vivre un certain temps, voit son âge atteint par la morosité dans la mesure où les marbriers forcent la vitesse et la cadence des extractions.

Ce qui porte atteinte aussi à l’environnement du fait que les couches de sédimentation reçoivent des chocs successifs à l’explosif, pourtant interdit, mais utilisé en petites quantités et en cachette dans certaines carrières. Si ces marbriers ne déclarent qu’une partie misérable des blocs extraits, où va le reste ? Les autres blocs sont écoulés au noir, sans facture ni trace bancaire.

Ceux qui les achètent les écoulent à leur tour au noir à des artisans ou à de petites unités de marbrerie qui procèdent au découpage et polissage des plaquettes avec un matériel acheté au noir aussi. Un spécialiste en matière de disques et de lames diamantées servant à découper le marbre a constaté que les prix des outils ont chuté de 100%. La cause en est une petite mafia qui s’est constituée, profitant des nombreuses failles du secteur de la marbrerie, depuis l’extraction jusqu’à la pose, pour importer frauduleusement disques et lames tous diamètres confondus pour les écouler, au noir aussi.

Exemple: un disque diamanté de 350 mm de diamètre, répondant aux normes européennes, importé en bonne et due forme avec taxes douanières et T.V.A coûte normalement 2.000 DH. Le marché noir propose cet outil de travail à moins de 1.000 DH. Ce sont ceux-là mêmes qui se procurent des plaquettes de marbre au noir qui achètent les outils aussi en contrebande. La plupart des plaquettes découpées sont utilisées à petites échelles dans les cuisines, les salles de bain ou les escaliers. Ainsi, le circuit du noir passe inaperçu alors que les sommes d’argent récoltées sont énormes et échappent à tout contrôle.

Il va de soi que lorsque toute cette richesse va à la caisse personnelle et dans les comptes des membres de la famille, les caisses de la Trésorerie générale ne peuvent que souffrir de ce manque à gagner. Le Maroc regorge de gisements de marbre. Du Nord au Sud, différentes couleurs de marbre se présentent: Volubilis, Luxus, Agadir, Bejâad, dans les provinces sahariennes, Tiflet, Khénifra, Zayan, Taza, Al Hoceïma, Azilal, Taroudant, Smâala, Timahdit, Azrou, Azemmour…

M.A