De l’éthique et du provincialisme

La politique sociale est toujours mise à l’épreuve en temps de crise. Le néo-libéralisme conservateur qui a régné ces dernières décades n’est pas étranger à sa régression ,note le Centre Marocain de Conjoncture (CMC) . Au Maroc, la société se bipolarise, à peine pris place dans le balançoire qui amènerait vers la classe moyenne , nous voilà aujourd’hui cloués à ce planché fragilisé par le poids de la dette. Le risque d’une rupture sociale n’est pas à écarter. Certes, l’impact social de la crise a été relativement contenu. Mais les effets en termes de perte d’emplois et d’affaissement de l’offre exportable sont réels. Ce nouveau contexte est favorable à des actions plus vigoureuses, en jetant les bases d’un véritable modèle social, capable de garantir la cohésion sociale et la stabilité.
Les domaines sont plus ou moins délimités à travers la lutte contre la pauvreté, la couverture sociale, les retraites et la réforme de la caisse de compensation qui devait profiter aux classes démunies.
C’est là un processus long et complexe. Sa maîtrise est possible par le dialogue et la concertation entre les parties concernées. Un tel projet est réalisable. D’autant plus qu’il nous concerne individuellement et collectivement. Il contribuera certes à garantir une plus grande sérénité dans les rapports sociaux, à réduire la précarité psychologique et à rassurer l’avenir. La modernisation sociale est à ce prix. D’autant plus que ses retombées positives sur la compétitivité économique et l’attractivité du pays seront importantes .
Durant toute la période des années 90 ,l’Europe avec laquelle nous avons des relations privilégiées n’a pas pu jalonner la crise .Pourtant évoquée en 1995 par Michel Camdessus, alors directeur général du Fonds monétaire international (FMI) ,qui s’efforçait de juguler au plus vite la grave crise financière qui avait éclaté au Mexique. Cette période, a fortement contaminé la doctrine des organisations internationales chargées du développement des économies en gestation. Dérégulation des marchés, faiblesse des filets sociaux de sécurité et remise en cause des services publics ont constitué le crédo d’un modèle sensé accélérer le rythme de croissance. La crise mondiale actuelle a secoué les certitudes et provoqué des remises en cause salutaires. Elle rappelle à la nécessité d’un nouvel ordre social où l’individu ne serait pas victime de l’individualisme, où la solidarité serait garante de la cohésion sociale et où la protection collective éviterait l’émiettement de la société. Aujourd’hui, sous les coups de boutoir d’une mondialisation effrénée, la société se délite.
Frappée par le chômage, des réseaux de soutien qui fonctionnent mal, une précarité grandissante : elle risque l’implosion.
Et la sortie de crise n’est pas uniquement économique. Elle est aussi sociale. C’est-à-dire des réponses nouvelles, courageuses et adaptées. C’est dans ce contexte qu’une véritable prise de conscience pourrait apporter des solutions au projets de la promotion sociale et du recasement d’une jeunesse avide de travail . Le chef du gouvernement a peut être réussi à faire passer le projet Ramed comme assurance maladie, mais l’a-t-il vraiment réussi? Et comment tenter, dans une certaine mesure, préserver les acquis sociaux ? Recomposer une société passe par la prééminence du social qui reste le socle de la croissance.

Mohamed Mehdi