La technologie est-elle capable de refroidir la planète ?

L’une des idées consiste à envoyer dans l’atmosphère des aérosols qui peuvent agir comme une sorte de parasol et éviter qu’une partie des rayonnements solaires atteigne la Terre. «Les éruptions volcaniques sont un très bon exemple», a rappelé Olivier Boucher chercheur au laboratoire de météorologie dynamique de l’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris .

C’est ainsi que l’explosion du Pinatubo aux Philippines en 1991 en rejetant une énorme quantité de poussières dans l’atmosphère a provoqué un refroidissement général de quelques dixièmes de degré durant deux à trois ans.

«Une autre idée est de pulvériser de l’eau de mer», explique encore le chercheur, le sel étant un moyen d’accélérer la condensation. Le but est d’aider à la formation des nuages et ainsi de freiner les rayons. Le problème est que ces expériences, qui jusqu’à présent n’ont été que modélisées, montrent des effets collatéraux très importants et notamment «dès que l’on arrête un rattrapage climatique très fort».

Fertilisation des océans
Une autre hypothèse est avancée: «Les océans absorbent environ 2,5 milliards de tonnes de carbone,soit le quart des émissions», précise Stéphane Blain de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). En ajoutant du phosphore ou du fer dans les océans, on pourrait également accroître le mécanisme d’absorption du CO2.

Mais ce procédé outre l’incertitude sur son efficacité, présente des effets secondaires: risque de croissance de micro-algues produisant des toxines, risque d’anoxie (diminution de l’oxygène dans le milieu), voire production de N2O. Or, le protoxyde d’azote étant un puissant gaz à effet de serre, cela annulerait une très grande partie des bénéfices. «Il y a des risques multiples», rappelle le chercheur, sachant qu’ils ne sont pas tous identifiés et encore moins sécurisés.

D’autres pensent que la solution passe par la plantation d’arbres, les forêts jeunes étan des puits de carbone. «Mais là encore, il y a beaucoup de questions en termes d’effets induits», assure Philippe Ciais, du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS) qui cite l’exemple d’une forêt dans le désert du Néguev.

«On y a planté des arbres, mais tout en stockant du carbone, cette forêt réchauffe localement l’atmosphère. La raison? La forêt absorbe plus de rayonnement solaire que le désert qui l’entoure et restitue cette énergie sous forme de chaleur» .

Quant au stockage de CO2 dans le sous-sol, même si les recherches sont relativement avancées, elles provoquent un fort rejet. «Même après explications, les populations restent très opposées à cette technique», commente Olivier Vincke, spécialiste de ce sujet à l’Institut français du pétrole.

Les techniques de géo-ingénierie fascinent tout en provoquant des inquiétudes. «J’adhère à ces craintes, souligne le climatologue et membre de l’académie Hervé Le Treut. Crainte surtout du mythe que l’on peut trouver des solutions simples» . Les scientifiques sont ainsi persuadés que la fertilisation des océans malgré les grandes incertitudes sera mise en avant dans les années qui viennent pour une seule et unique raison: c’est la plus aisée et la moins chère.

«Il est très important de ne pas refaire la même erreur avec la géo-ingénierie que celle commise avec le CO2», a ainsi souligné Jean-Claude Duplessy, membre de l’Académie et spécialiste du fonctionnement des océans. «La communauté scientifique a beau dire que le CO2 représente un risque pour le climat et pour l’acidification des océans, les émissions ne cessent de croître», a-t-il rappelé.