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15 milliards de cigarettes consommées au Maroc par an

8 332 tonnes de mégots et paquets jonchent le sol

Plus d’un milliard de fumeurs sur Terre déferlent la chronique et portent haut la promotion d’un tabac roulé en papier appelé garrot en Afrique du Nord et cigarette pour les communs. Inventée en 1843, un demi siècle après, ce produit va se proliférer via des sociétés ou régies qui allaient façonner sa production et sa promotion dans de fabuleux emballages. Depuis la cigarette s’étiquetait de produit à consommation de masse et allait connaître son essor multiplicateur au lendemain de la seconde guerre mondiale. Sous pression de guerre, la cigarette frayait chemin vers l’au-delà. Elle s’en fait une clientèle accro qui se débat en tirant sa révérence trépassée. Un exécutoire qui, malgré le danger qui fait parcourir la production atténuant plus de 4 600 milliards de cigarettes. Cancers et autres affections tabagiques gravitent l’échelle de nuisance. Et la croissance des cigarettes coïncida avec le développement du cancer du poumon et d’autres maladies graves. La fumée, cette imperfection sanitaire contient de nombreuses substances toxiques. Il y en a au moins 50 qui sont reconnues comme cancérigènes, à savoir le goudron, l’arsenic et l’ammoniac…

Il est prouvé aussi que les produits du tabac contiennent et émettent de nombreuses substances nocives ainsi que des agents cancérigènes connus, dangereux pour la santé humaine après combustion. Les principaux effets sont, chez l’adulte, une augmentation d’environ 25 % des risques de cardiopathie ischémique et de cancer du poumon. Chez les enfants, l’exposition à la fumée de tabac augmente le risque de mort subite du nourrisson, d’infections respiratoires, d’otites et d’asthme. Il a été clairement démontré sur le plan scientifique que le tabagisme passif est la cause de décès, de maladies et d’incapacités et comportant des dangers, notamment pour les enfants à naître et les nourrissons. Il peut provoquer ou aggraver des problèmes respiratoires chez les personnes qui inhalent la fumée.

Pour pouvoir fumer tous les jours, le Marocain devrait dépenser au moins 12,5% de son revenu en paquets de cigarettes. Les classes les plus pauvres consacrent une part importante de leurs revenus aux produits du tabac, limitant leurs dépenses en nourriture, éducation, santé et à d’autres choix de la vie. En effet, près de 8 332 tonnes de mégots et de paquets de cigarettes sont retrouvées dans les poubelles chaque année, formant une quantité gigantesque de déchets toxiques. Avec environ 7,5 millions de fumeurs sur une population totale de 36 millions, et faisant un collectif de mortels qui dépasse les 17.644 adeptes en 2017. Un chiffre qui dit long si nous le comparons aux statistiques des accidents mortels de la circulation routière qui sont  équivalent à quelque 3400 décès par an. Sachant que le taux des fumeurs au Maroc est l’un des plus élevés de la région MENA, avec environ 7,5 millions pratiquants sur une population totale de 36 millions. Soit 10% en âge scolaire entre 13 à 15 ans dont 7% de filles. Ce taux n’exclut guère les non fumeurs au nombre de 17% de la population, et qui, malgré eux, sont condamnés à subir l’inhale au parfum nauséabond de fumée dégagée par le tabac. Ces fumeurs passifs, en substance, subissent cette férule à longueur de journée, soit au lieu de travail, ou sur des terrasses de cafés. Et partant, 32% recensés en milieu familial, et 60% dans les lieux publics.

Devenue chronique, la cigarette fait éclat par sa réputation de drogue douce universelle. Bénéficiant de tolérance commerciale elle ne cesse de faire des dégâts pour se limiter au tout petit appel lancé par l’ONU de « Fumer tue » . Une appellation qui passe inaperçue malgré sa police de caractère et qui, pour en tirer profit, les instances internationales joues malheureusement  au petit éclaireur en fixant le 31 mai comme Journée mondiale sans tabac. Un curieux paradoxe juridique qui n’exclut pas notre pays, interdisant la publicité de tabac (avec sanctions financières de 15 000 dirhams pour les médias), sans pouvoir impliquer cette pénalité aux fumeurs dans des endroits publics..

Cigarettes taxées à la hausse

Mais dans la situation où nous y sommes la manufacturisation du tabac au Maroc fait des remous, elle a même fait objet de discussions lors des assises tenues dernièrement sur la fiscalité à Skhirat.  Standard et visibilité sont les deux principaux points autour desquels Philip Morris Maroc aurait articulé ses recommandations par rapport à la réglementation du tabac dans notre pays. La filiale marocaine de Philip Morris international s’impatiente quant à la promulgation d’un nouveau cadre juridique qui dotera le secteur de plus de clarté et de rigueur. Depuis que l’annonce de la révision de la loi 15-91 a été faite en début d’année par les autorités nationales, l’entreprise n’a cessé de souligner son adhésion à ce projet qui marquera la fin d’un texte datant de plus de deux décennies et qui malheureusement ne répond plus aux grandes mutations de cette industrie. «On est l’une des industries les plus taxées et la plus génératrice de recettes fiscales. En tant qu’opérateurs économiques, il est important pour nous d’avoir de la prédictibilité. Cela donnera plus de visibilité et de confort aux opérateurs pour pouvoir planifier et investir à court et moyen termes», soutient Jalal ibrahimi, directeur de Philip Morris Maroc, en marge d’une table ronde tenue, à la veille des assises, jeudi 2 mai 2019 à Casablanca, autour de la réglementation du secteur du tabac au Maroc. Evoquant à l’occasion la question fiscale. L’homologation du prix de tabac se fait une fois par an et ne peut s’ajuster à la baisse, chose qui engendre des pertes de marché significatives aux opérateurs. Sans parler de la pression fiscale qui impose une déduction de 70 % sur le prix.

Ceci impacte négativement le marché national dont le volume est estimé à 15 milliards de cigarettes. Suite à l’augmentation des prix, le marché connaît actuellement une décroissance de 2,5, voire 3% par rapport à l’exercice passé. «Le marché marocain est très polarisé. Les écarts peuvent atteindre jusqu’à 95% alors qu’on Europe ils ne dépassent pas les 10%. Ainsi, le risque qu’il y ait une augmentation des prix aura un impact direct sur les recettes de l’Etat», explique M. Ibrahimi. D’où la nécessité de revoir le système fiscal lié à cette activité. «La fiscalité au Maroc est dépendante du prix alors que les organismes internationaux à l’instar du FMI recommandent qu’elle soit basée sur le volume. Du coup, si le consommateur s’oriente vers un produit moins cher l’état collectera moins de taxes. Pour réduire ces écarts, la fiscalité doit être moins dépendante du prix que du volume», explique pour sa part Abla Benslimane, directrice corporate affaires Maghreb à Philip Morris. La deuxième attente de l’opérateur est la standardisation du plafond des teneurs et notamment le respect de la norme «10-1-10» (10 mg de goudron, 1 mg de nicotine et 10 mg de monoxyde de carbone).

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