La lagune bleue de Marchica

Une commission de travail composée de représentants de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, du Conservatoire du littoral, de l’Agence de l’eau, Rhône, Méditerranée, Corse et de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), a été accueillie à Nador, dans le cadre du projet d’appui à la dépollution et à la protection de la lagune de Marchica, initié par la Fondation.

«Cette rencontre de concertation et d’échanges a pour but la validation du plan global de gestion environnementale du bassin versant de la lagune de Marchica, des outils de fonctionnement de l’Observatoire local et des indicateurs de suivi en faveur de la gestion durable du site, notamment les zones à hautes valeurs bioécologiques», indique un communiqué de la Fondation. Ce plan de gestion vise à réduire les sources de pollution directes impactant la lagune et à promouvoir un aménagement et une utilisation des ressources durables autour de celle-ci et dans l’arrière-pays.

«Ce plan a pour objectif également de favoriser le partage des connaissances sur la lagune et assurer un suivi par la production d’indicateurs caractérisant l’évolution de la situation par rapport aux objectifs retenus et promouvoir un changement des comportements grâce à l’éducation à l’environnement et à la sensibilisation», ajoute le communiqué.

La Fondation en partenariat avec le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et en concertation avec l’Agence française de développement (AFD) a lancé le projet d’appui à la dépollution et à la protection de la lagune de Marchica en novembre 2008. Depuis cette date, plusieurs actions de sensibilisation ont été réalisées : opérationnalisation de l’Observatoire de la lagune, renforcement des capacités et du dialogue des acteurs locaux et opération d’épandage des boues de la station d’épuration du Grand Nador en octobre 2012, conformément aux normes internationales.

Soutien du FEM aux changements climatiques

C’est en juin dernier que le conseil d’administration du Fonds pour l’environnement mondial (FEM) a fait crédit de quelque 11,3 millions de dollars dédiés à des actions d’adaptation climatique dans le continent africain. Un don engagé par la Banque africaine de développement (BAD), au profit du Cameroun et la Corne de l’Afrique (Djibouti, Kenya).

Dans la région de la Corne de l’Afrique, le Fonds pour les pays les moins avancés (FPMA) et le Fonds spécial pour le changement climatique (FSCC) financeront le projet d’adaptation des modes de vie au changement climatique. Dans le cadre de cette première phase, complémentaire de l’Initiative contre la sécheresse dans la zone menée par la BAD, le Kenya et Djibouti recevront, respectivement, 2,5 millions de dollars et 5,7 millions de dollars . Ce programme vise à accroître la résilience des populations pastorales aux effets du changement climatique, grâce à l’amélioration durable de leurs modes de vie.

Au Cameroun, le Fonds spécial pour le climat (FSPC) doit financer un projet destiné à améliorer la résilience des communautés urbaines déshéritées face aux inondations à Yaoundé, avec un don de 4,03 millions de dollars. Ce projet permettra de renforcer la capacité institutionnelle nécessaire à l’amélioration de la résilience face au risque d’inondations ; à améliorer l’état de préparation et la capacité d’adaptation des communautés ; et contribuera au transfert de technologies spécifiques au contrôle des inondations (activités communautaires, installation de zones tampon le long des canaux et des réservoirs).

Le conseil d’administration du FEM a également approuvé, au cours du deuxième trimestre de 2013, le financement de deux projets en Angola et à Madagascar, par le FSPC.

En Angola, la BAD mettra en oeuvre un projet visant à intégrer les changements climatiques dans la gestion des sols et de l’environnement, grâce à un don de 4,41 millions de dollars. Ce projet aidera à la diffusion des techniques de gestion durable des terres, ainsi que des pratiques d’adaptation au changement climatique dans l’agro-foresterie et l’écologie des sols, auprès de 350 communautés.

À Madagascar, un don de 6,27 millions de dollars facilitera aussi la résilience au changement climatique du secteur de l’agriculture dans la région Sud-Ouest du pays. Ce projet renforcera la résilience des infrastructures d’alimentation en eau de 10 200 hectares de terres agricoles dans la région du Bas Mangoky.

La technologie est-elle capable de refroidir la planète ?

L’une des idées consiste à envoyer dans l’atmosphère des aérosols qui peuvent agir comme une sorte de parasol et éviter qu’une partie des rayonnements solaires atteigne la Terre. «Les éruptions volcaniques sont un très bon exemple», a rappelé Olivier Boucher chercheur au laboratoire de météorologie dynamique de l’université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris .

C’est ainsi que l’explosion du Pinatubo aux Philippines en 1991 en rejetant une énorme quantité de poussières dans l’atmosphère a provoqué un refroidissement général de quelques dixièmes de degré durant deux à trois ans.

«Une autre idée est de pulvériser de l’eau de mer», explique encore le chercheur, le sel étant un moyen d’accélérer la condensation. Le but est d’aider à la formation des nuages et ainsi de freiner les rayons. Le problème est que ces expériences, qui jusqu’à présent n’ont été que modélisées, montrent des effets collatéraux très importants et notamment «dès que l’on arrête un rattrapage climatique très fort».

Fertilisation des océans
Une autre hypothèse est avancée: «Les océans absorbent environ 2,5 milliards de tonnes de carbone,soit le quart des émissions», précise Stéphane Blain de l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). En ajoutant du phosphore ou du fer dans les océans, on pourrait également accroître le mécanisme d’absorption du CO2.

Mais ce procédé outre l’incertitude sur son efficacité, présente des effets secondaires: risque de croissance de micro-algues produisant des toxines, risque d’anoxie (diminution de l’oxygène dans le milieu), voire production de N2O. Or, le protoxyde d’azote étant un puissant gaz à effet de serre, cela annulerait une très grande partie des bénéfices. «Il y a des risques multiples», rappelle le chercheur, sachant qu’ils ne sont pas tous identifiés et encore moins sécurisés.

D’autres pensent que la solution passe par la plantation d’arbres, les forêts jeunes étan des puits de carbone. «Mais là encore, il y a beaucoup de questions en termes d’effets induits», assure Philippe Ciais, du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (CEA-CNRS) qui cite l’exemple d’une forêt dans le désert du Néguev.

«On y a planté des arbres, mais tout en stockant du carbone, cette forêt réchauffe localement l’atmosphère. La raison? La forêt absorbe plus de rayonnement solaire que le désert qui l’entoure et restitue cette énergie sous forme de chaleur» .

Quant au stockage de CO2 dans le sous-sol, même si les recherches sont relativement avancées, elles provoquent un fort rejet. «Même après explications, les populations restent très opposées à cette technique», commente Olivier Vincke, spécialiste de ce sujet à l’Institut français du pétrole.

Les techniques de géo-ingénierie fascinent tout en provoquant des inquiétudes. «J’adhère à ces craintes, souligne le climatologue et membre de l’académie Hervé Le Treut. Crainte surtout du mythe que l’on peut trouver des solutions simples» . Les scientifiques sont ainsi persuadés que la fertilisation des océans malgré les grandes incertitudes sera mise en avant dans les années qui viennent pour une seule et unique raison: c’est la plus aisée et la moins chère.

«Il est très important de ne pas refaire la même erreur avec la géo-ingénierie que celle commise avec le CO2», a ainsi souligné Jean-Claude Duplessy, membre de l’Académie et spécialiste du fonctionnement des océans. «La communauté scientifique a beau dire que le CO2 représente un risque pour le climat et pour l’acidification des océans, les émissions ne cessent de croître», a-t-il rappelé.

Les méduses, nuisent aux Océans

La FAO recommande le développement de produits alimentaires à base de méduses, afin de contrecarrer la prolifération de cet animal gélatineux qui menace les stocks de poissons, dans un rapport publié à Rome.

Les méduses sont de plus en plus présentes dans les océans du monde entier, relève l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui cite des experts évoquant un «océan de méduse en voie de supplanter un «océan de poissons».

«Si vous n’arrivez pas à les combattre… mangez les!», préconisent ces experts, qui recommandent de développer les produits à base de méduses pour l’alimentation.

Une autre possibilité serait l’exploitation de la méduse immortelle (Turritopsis nutricula) : capable d’inverser le processus du vieillissement, elle est riche de promesses pour l’élaboration de produits régénérants pour les êtres humains, suggère aussi l’agence.

Car pour la FAO, la forte augmentation des populations de méduses pourrait bien être l’une des causes de la contraction des stocks halieutiques constatée en Méditerranée et en mer Noire.

«La surpêche, qui fait disparaître les grands prédateurs marins, est l’un des facteurs expliquant cette prolifération de méduses. Un cercle vicieux peut s’ensuivre, puisque les méduses se nourrissent de larves de poissons et de juvéniles», précise la FAO. Normalement, «seule l’incidence de la pêche pratiquée par l’homme est prise en compte pour fixer les seuils de référence pour une pêche durable», selon ce rapport.

Mais «les méduses peuvent avoir des répercussions considérables sur les oeufs et les larves de poisson, soit directement, soit parce qu’elles entrent en concurrence avec d’autres espèces pour leur nourriture. Il faut donc les prendre en compte dans toute approche écosystémique de la gestion des pêches».

Les dégâts causés par les méduses sur les stocks halieutiques sont apparues au début des années 80, lorsque la méduse Mnemiopsis leidyi, espèce vivant habituellement dans l’océan Atlantique, a été introduite accidentellement en mer Noire, où elle a eu un effet dévastateur sur les populations halieutiques, mettant à genoux les pêcheries locales, selon la FAO.

Le problème ne s’est résolu qu’avec l’arrivée en mer Noire d’une autre espèce envahissante, Beroe ovata, qui se nourrit de méduses Mnemiopsis. Bien que les raisons expliquant ce phénomène ne soient pas parfaitement comprises, elles incluent sans doute, outre la surpêche, le réchauffement climatique et une augmentation de la richesse de l’eau en nutriments.

Fukushima,

l’eau contaminée s’écoule dans la mer

Les taux de césium radioactif prélévés dans l’eau souterraine, à 25m de la mer, connaissent une augmentation importante et inexpliquée.

Le danger se confirme. L’autorité de sûreté nucléaire japonaise a indiqué qu’elle craignait que de l’eau contaminée de la centrale de Fukushima-Dalichi ne s’écoule dans la mer. «Il existe de forts soupçons que l’eau hautement radioactive accumulée dans le sol se répande dans la mer», a déclaré Shunichi Tanaka, le directeur de l’autorité.

Un peu plus tôt, la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), qui gère le site accidenté, avait annoncé avoir constaté une nouvelle augmentation du niveau de césium radioactif dans un puits situé à 25 mètres de la mer.

Selon les prélèvements effectués le 9 juillet, l’eau souterraine contenait des taux de 11.000 becquerels de césium 134 par litre (Bq/l) et de 22.000 Bq/l de césium 137. La veille, ils étaient de 9000 et de 18.000. Des taux respectivement 91 et 86 fois plus élevés que ceux mesurés le 5 juillet.

Ce jour-là, Tepco avait aussi découvert, au même endroit, un niveau très important d’autres éléments radioactifs, en l’occurrence une quantité de strontium 90, d’un taux de 900.000 Bq/l. Soit plusieurs milliers de fois le plafond admis pour l’eau de mer. Et deux jours auparavant, le niveau n’était «que» de 4300 Bq/l.

Hausses inexpliquées
Ces hausses phénoménales demeurent pour l’instant inexpliquées. Tepco promet toutefois de renforcer les contrôles et de prendre des dispositions pour empêcher de contaminer davantage l’océan Pacifique voisin.

D’importantes quantités d’eau contaminée y avaient été déversées un mois après l’accident. «Il est nécessaire d’évaluer l’impact sur les espèces halieutiques et les fonds marins», a aussi dit Shunichi Tanaka. Une morue avait été capturée en février avec un taux de radioactivité 7400 fois plus élevé que la norme fixée par les autorités japonaises pour interdire tout aliment à la consommation. Un cas loin d’être isolé. Tepco assurait pourtant en avril que les fuites d’eau radioactive émanant des réservoirs de stockage souterrains ne risquaient pas de se déverser dans l’océan Pacifique, puisque ceux-ci se trouvaient à une centaine de mètres du rivage.

«Nous ne sommes pas pour le moment en mesure de dire si l’eau contaminée s’écoule ou non dans la mer», nuance la compagnie nippone.

Cette dernière a entrepris de mettre sur pied, d’ici un an, une paroi souterraine étanche, afin d’enrayer une contamination qui se propage, notamment, via la nappe phréatique située sous la centrale.

Le démantèlement total de toutes les installations de la centrale de Fukushima Daiichi, ravagée le 11 mars 2011 par un séisme et un tsunami, prendra entre 30 et 40 ans.

Prêt au Maroc du FME

Le Fonds mondial pour l’environnement (FEM) a accordé récemment au Maroc un don de 6,44 millions de dollars, visant à encourager la mise en oeuvre de mesures de conservation des sols et de la biodiversité par les petits agriculteurs, dans le cadre de l’atelier de lancement du projet d’Agriculture solidaire et intégrée (ASIMA).

Ces mesures de conservation seront intégrées dans huit projets du Pilier II du Plan Maroc Vert mis en oeuvre dans les régions du Souss-Massa-Drâa et de Marrakech-Tensift-Al Haouz, en complément des investissements du Plan Maroc Vert, précise un communiqué de l’Agence de développement agricole (ADA).

Les sous-projets de l’ASIMA permettront d’explorer l’intégration horizontale des projets Pilier II, complétant ainsi l’intégration verticale de la production à la commercialisation de chaque chaîne de valeur dans le cadre du PMV, souligne l’ADA. Cet appui aidera les petits agriculteurs à améliorer leurs revenus, tout en tirant le meilleur parti des ressources naturelles parfois limitées, note l’Agence. La contribution du projet à la conservation des sols et de la biodiversité est garantie à travers des mesures diverses, notamment la gestion durable des déchets oléicoles par la construction des bassins d’accumulation des margines, l’intégration inter-filière par la production d’aliment de bétail à partir de sous-produits de l’olivier, du cactus et de l’argan et la production de plantes aromatiques et médicinales pour la conservation de la biodiversité. Le lancement des travaux de l’atelier a été fait sous la présidence du secrétaire général du ministère de l’Agriculture, qui a mis en avant l’importance de l’intégration de la composante environnementale dans les projets PII du PMV ainsi que l’intérêt du projet ASIMA comme base de généralisation et d’ancrage des mesures de conservation des sols et de la biodiversité auprès de l’ensemble des petits agriculteurs bénéficiaires des projets Pilier II du Plan Maroc Vert.

L’économie verte en question

«L’économie verte» signifie une gestion rationnelle des ressources naturelles, une faible émission de carbone et une forte inclusion de l’élément humain dans le processus de production.

À l’échelle nationale, toutes les stratégies sectorielles (tourisme, agriculture, industrie, etc.) sont dotées de composantes de développement durable», a indiqué Moncef Ziani, membre du Conseil économique, social et environnemental, lors des rencontres du développement durable, organisées par l’Université Mohammed V – Souissi à Rabat sur le thème «Économie verte: quelles opportunités pour le développement durable au Maroc ?» Un cycle de rencontres mensuelles qui s’inscrivent dans le cadre du projet pour l’obtention du label «Université verte», «Green University», initié en partenariat avec le Bureau méditerranéen pour la culture, l’environnement et le développement durable (MIO-ECSDE, Mediterranean Information Office for Environment, Culture and Sustainable Development) en Grèce.

Le premier rendez-vous de ce cycle qui a débuté en février dernier a traité «le Maroc et le Sommet de Rio + 20», la rencontre du mois d’avril a débattu de l’économie «verte», le mois de mai sera réservé à l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Quant à la rencontre de juin, elle abordera la gestion rationnelle des déchets solides et liquides. Au mois de juillet, les participants à la rencontre discuteront de l’application des principes de l’«Université verte» à l’intérieur et à l’extérieur du campus universitaire. «Aujourd’hui, des opportunités s’offrent à l’université en matière de croissance verte, car il existe déjà des conventions entre les instituts de recherche et le secteur privé», a ajouté M. Ziani.

Ce dernier a souligné que l’économie nationale a déjà entamé une émigration vers les métiers verts. «Dans le passé, le métier vert se limitait à celui qui s’occupait de la protection de l’environnement comme par exemple l’agent chargé des stations d’épuration des eaux usées. Mais aujourd’hui, l’éventail des métiers verts s’élargit. Conduire le tramway fait aussi partie des métiers verts». Si certains saluent les progrès réalisés en matière de reconversion vers la croissance verte, il n’en demeure pas moins que d’autres restent sceptiques à ce nouveau mode de production. «L’économie verte est une forme de la crise du système capitaliste ou apporte-t-elle de nouvelles solutions ?», s’est interrogé Mohamed Ftouhi, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation et président du Club marocain pour l’environnement et le développement (CMED). Beaucoup d’interrogations persistent, mais cela n’empêche pas d’avancer des chiffres. À l’horizon 2050, les énergies renouvelables représenteraient quelque 30% des métiers verts, selon des études prospectives. L’université entame également sa mue. «Le projet “Université verte” est une initiative, qui vise l’intégration de la dimension environnement et le développement durable dans les activités de l’enseignement, de la recherche et de l’interaction avec la communauté à travers des forums consacrés à des questions précises comme l’économie verte, l’efficacité énergétique, la gestion rationnelle des déchets solides et liquides, les changements climatiques et l’éducation pour le développement durable. Notre projet vise également à faire du campus universitaire un “espace ami” pour l’environnement, l’utilisation des énergies renouvelables, le recyclage et la revalorisation des déchets, l’usage rationnel des eaux et puis l’expansion des espaces verts au sein du campus universitaire», a souligné M. Ftouhi.

Le projet vise également la promotion du partenariat avec des instances internes et externes oeuvrant dans le même domaine comme notamment l’administration, la société civile et les média. «Le projet “Université verte” s’appuie également sur l’implication de l’ensemble des acteurs universitaires : étudiants (clubs de la citoyenneté environnementale), enseignants chercheurs et le staff administratif (enseignement, recherche, actions concrètes sur le terrain et puis dialogue avec la communauté sur des questions relatives au développement durable aux niveaux local, régional, national et international)», a conclu M. Ftouhi.

Patrimoine culturel
Établi en 1990 à Athènes, le Bureau méditerranéen pour la culture, l’environnement et le développement durable (MIO-ECSDE) est une Fédération d’organisations non gouvernementales (ONG) méditerranéennes pour l’environnement et le développement, agissant comme plate-forme technique et politique pour l’intervention des ONG dans le pourtour méditerranéen. L’objectif principal du MIO-ECSDE est de protéger l’environnement naturel (biodiversité, forêts, côtes, ressources naturelles, climat) et le patrimoine culturel (monuments archéologiques, implantations traditionnelles, diversité culturelle, villes, etc.), ainsi que les domaines d’interaction entre les deux rives de la Méditerranée.

Rédaction/Université verte

de la question des déchets au Maroc

Face à une industrie inefficace, qui ne transforme en produits finis que 25% des matières premières qu’elle utilise, émettant 75% de déchets au terme de sa production, il faut agir! Le Pr Jamal Chaouki, professeur titulaire à l’Ecole polytechnique de Montréal au Canada, a donné une conférence à l’Université internationale de Casablanca sur «Les déchets : comment régler un problème environnemental et faire beaucoup d’argent»…

Chaque année, 3,6 gigatonnes (milliards de tonnes) de déchets industriels sont produits dans le monde. Seulement 7% de ces déchets sont recyclés et le reste est enfoui, impliquant beaucoup de transport, explique le professeur Jamal Chaouki, directeur du Centre de recherche en ingénierie de procédés – Bioraffinage (CRIP) de l’Ecole polytechnique de Montréal.

Ce spécialiste donne une précision qui provoque le tournis : «le transport annuel des déchets dans les pays développés fait 10.000 fois la distance Terre-Mars»!

Ces énormes quantités de déchets générant un transport faramineux sont le fruit «d’une industrie qui n’est absolument pas efficace», reprend le professeur Chaouki, également membre de l’Académie du Génie du Canada et de l’Ordre des Ingénieurs du Québec.

Sur la base d’un schéma, Jamal Chaouki explique que seules «25% des matières premières utilisées par l’industrie aboutissent à des produits finis, les 75% restants sont des déchets auxquels viendront s’ajouter les produits finis à la fin de leur cycle de vie». Se pose alors un réel problème de gestion de ces déchets. Et pour le professeur Chaouki, la seule solution, c’est de les traiter sur place.

Mais parmi les trois méthodes existantes actuellement : le traitement thermique, le traitement chimique et le traitement biologique, le détenteur principal de la chaire CRSNG-Total sur le développement de nouveaux procédés à hautes pressions et températures, préconise le traitement thermique.

De quoi s’agit-il ? Le traitement thermique peut se faire suivant trois procédés : «combustion ou co-combustion», «gazéification» et «pyrolyse».

Combustion, gazéification…
La combustion nécessite l’utilisation de l’oxygène pour brûler les déchets qui génèrent au terme du processus du CO2 et du H2O (eau). Elle devient co-combustion quand le charbon est mis à contribution pour brûler d’autres déchets, triés, granulés, densifiés et pulvérisés en amont, tient à préciser Jamal Chaouki.

La gazéification, elle, consiste à convertir des matières carbonées ou organiques en un gaz de synthèse qui «peut être converti en carburant avec le procédé du Fischer Tropsch», dixit le professeur Jamal Chaouki.

Un projet avec l’OCP
Par ailleurs, Jamal Chaouki a dit travailler avec l’Office chérifien des phosphates (OCP) pour le recyclage du souffre utilisé pour s’attaquer aux roches, selon le processus de gazéification. Le projet est en cours de conception. Sa réalisation permettra à l’OCP de faire d’énormes économies et de préserver aussi l’environnement.

En effet, l’OCP importe 500 millions de tonnes de souffre chaque année et la tonne se vend entre 900 et plus de 1.000 dollars… De quoi réaliser de vraies économies!

Mieux, si le projet de recyclage du soufre voit le jour, il évitera à l’OCP de déverser en mer le phosphogypse -précipité solide de sulfate de calcium hydraté- qui peut dégager du radon, un gaz radioactif cancérigène et potentiellement responsable de mutations.

…Et la pyrolyse
Quant au troisième traitement thermique des déchets prôné par le professeur Chaouki, il s’agit de la pyrolyse. C’est «une réaction chimique de décomposition d’un corps organique sous l’action de la chaleur et sans autres réactifs». Ce procédé permet d’obtenir du gaz, de l’huile, ou du charbon…

Après la présentation de ces différents procédés développés par le professeur Chaouki avec la société canadienne Ecolomondo Inc., ce dernier a néanmoins tenu à souligner que le meilleur moyen de gérer les déchets, «c’est de réduire la consommation à la source, puis de recycler». En la matière, il y a encore beaucoup à faire au Maroc.

Jamal Chaouki a fait quelques révélations qui bousculent les idées reçues sur le solaire et les sacs en papier prônés comme alternative aux sacs en plastique. «Méfiez-vous des panneaux qui transforment l’énergie solaire en électricité. Total a fait des essais sérieux sur leur durée de vie. Elle n’est que de 5 ans au lieu de 15 ou 20 ans que soutiennent les fabricants». En plus, et sans donner de chiffres, il soutient que «la fabrication d’un panneau solaire nécessite plus d’énergie que le panneau, lui-même, en produit durant toute sa vie». Les promoteurs du Plan solaire marocain apprécieront…

Le professeur Chaouki explique aussi que «le sac en plastique (tant décrié pour sa nuisance ) endommage moins l’environnement que le sac en papier, si on analyse leur cycle de vie, selon la “théorie du berceau au tombeau».

Le Maroc est-il appelé à devenir pays pollueur ?

Après le maigre accord de Doha et les échecs des sommets de Copenhague et Durban, les négociations sont tournées vers 2015 en espérant un accord groupant au moins 90% de pays.a

Mais de grands pays pollueurs connus (USA, Canada, Japon, Russie…) ont esquivé en 2010 à 2012 et évité la signature du renouvellement des accords ou amélioration des directives et recommandations espérées par l’opinion mondiale suite aux études alarmantes sur le climat mondial et la sonnette d’alarme lancée par des experts et savants chargés de l’évaluation de la situation actuelle et des projections d’avenir sur le développement de la pollution et ses conséquences sur le réchauffement climatique de la planète.

La lutte contre le réchauffement climatique a piétiné et certains grands pays pollueurs ont déjà fait savoir qu’ils ne signeront pas le prochain traité de lutte contre le réchauffement planétaire prévisible, et ce en dépit des mises en garde et avertissements lancés par l’ONU et la communauté internationale depuis 2008. Les négociations de la conférence internationale de Doha fin 2012 ont abouti à la prolongation du Protocole de Kyoto I jusqu’à 2020.

Cependant et alors que le Maroc aspirait à devenir un modèle en matière de conversion progressive vers les énergies renouvelables propres avec un objectif espéré de 42% en 2020, le ministère de l’Energie marocain a donné son aval à des compagnies étrangères en vue de préparer l’exploitation des sables et schistes bitumineux en mines à ciel ouvert (Tarfaya).

Officiellement, l’Office marocain des hydrocarbures et des mines (ONYHM) a autorisé en avril 5 compagnies internationales à commencer les forages d’exploration qui permettront d’évaluer plus précisément les réserves du Maroc en gaz de schiste ou résidus pétroliers.

Le Maroc dispose de réserves importantes de schistes, soit environ 50 milliards de barils des réserves en schistes et le pays va progressivement rejoindre ainsi le club du Top 10 des pays les plus pollueurs de la planète s’il persiste dans une politique de développement de stations de traitement-raffinage des sables bitumineux.

Mi-avril, une pétition a été lancée par des ONG et des associations écologiques et les initiateurs du sit-in du 21 avril sur la place du Parlement à Rabat (plus de 1600 participants) contre les autorisations d’exploration ou d’exploitation du gaz et de l’huile de schiste attribuées aux compagnies étrangères, ont enregistré en première semaine un peu plus de 600 signatures afin d’infléchir la décision du gouvernement.

A noter que l’Afrique représentait fin 2012, seulement 2% de la pollution atmosphérique mondiale, et le Maroc fut classé jusqu’en 2009 en 59ème position mais passera rapidement à un nouveau classement alarmant vers le groupe des 10 à 15 premiers grands pollueurs de la planète.

Rédaction

Déchets :

les entreprises étrangères font commandes

Dix mille personnes fouillent les poubelles et les décharges au Maroc. Une pratique du pauvre qui pourrait changer avec le Programme national des déchets ménagers et assimilés (PNDM) de 3,85 milliards d’euros qui ambitionne de porter à 20% la proportion des déchets recyclés en 2015 et assurer des services de collectes à 90% de la population des villes en 2020. Un secteur prometteur et les entreprises étrangères sont de la partie. Un état des lieux d’Oxford Business Group.

Un pouvoir d’achat accru, des modes de consommation qui évoluent et de meilleurs rendements dans le secteur industriel, de même qu’une croissance démographique rapide, sont autant des retombées de la croissance économique soutenue dont a bénéficié le Maroc ces dernières années, mais la pollution et les déchets sont aussi des conséquences de cette croissance. L’étendue de ces problèmes a amené le gouvernement à se mettre à l’oeuvre pour réduire les externalités négatives en matière d’environnement, qui résultent du développement économique. Le traitement des déchets en particulier est devenu un défi important, en partie parce que le Maroc pâtit de systèmes de gestion des déchets sous-développés. Il est courant de jeter ses détritus n’importe où et on trouve des décharges illégales dans les zones urbaines.

Avec pour objectif de porter la proportion des déchets recyclés à 20 % en 2015, le gouvernement a lancé en 2007 un programme sur 15 ans, intitulé Programme national des déchets ménagers et assimilés (PNDM), qui vise à améliorer la collecte des déchets solides via le développement des services de collecte pour 90 % de la population des villes d’ici à 2015, puis 100% en 2020. Le programme, d’un montant de 40 milliards de dirhams (3,58 milliards d’euros), a reçu l’appui de la Banque mondiale, sous la forme d’une enveloppe de 200 millions d’euros en février 2011.

Le français Pizzorno déjà très actif Ce programme comporte un point crucial : il dépend, en grande partie, de la participation accrue du secteur privé. À la fin 2011, 32 % des ordures ménagères étaient transportées vers des sites contrôlés gérés par le secteur privé, en hausse par rapport à 2008, où la proportion n’était que de 10 %. Ce chiffre devait s’établir à 62 % à la fin 2012, avec cinq nouveaux centres de gestion des déchets prévus à Casablanca, à Beni Mellal, à Ifrane, à Khouribga et à Safi. En octobre 2012, les entreprises privées se chargeaient de collecter 76 % des déchets solides, contre 44 % en 2008. On estime que les habitants des villes produisent 0,76 kilo de déchets par jour et par personne.

Le groupe français Pizzorno, qui opère au Maroc via sa filiale Segedema, est l’une des entreprises internationales présentes dans ce secteur; il emploie environ 3000 personnes. L’entreprise est présente à la décharge d’Oum Azza, à Rabat, où près de 700.000 tonnes sont traitées chaque année. En 2007, Segedema a signé un contrat pour gérer le site de 100 hectares sur 20 ans.

En plus de ses activités actuelles, qui consistent principalement en la collecte de déchets dans les pôles urbains et le traitement des déchets, l’entreprise française a l’intention de commencer le recyclage et l’exportation de 400 000 tonnes de déchets par an. Ces opérations seront effectuées au centre de recyclage à l’entrée de la décharge d’Oum Azza, où des employés du centre non-régulé d’Akreuch de Rabat ont été recrutés.

En effet, l’un des principaux piliers du PNDM est la régulation de tous les centres de traitement des ordures du pays et la réhabilitation d’environ 300 décharges informelles d’ici à 2015. À ce jour, 21 décharges informelles ont été réhabilitées et 64 sont en cours de réhabilitation.

En plus des ordures ménagères, la décharge d’Oum Azza traite aussi les déchets industriels non-dangereux. Cependant, pour atteindre les objectifs du PNDM et accompagner l’augmentation de l’activité industrielle, les déchets industriels devront être traités en-dehors d’Oum Azza.

Des intervenants étrangers font leur entrée Les intervenants étrangers sont en train de faire leur entrée sur ce marché pour tirer profit de l’augmentation de la demande. En novembre dernier, l’entreprise française Elec-Recyclage, spécialisée dans le recyclage des déchets industriels, s’est établie dans la zone franche de Tanger (TFZ ou ‘Tangier free zone’). Le Français Elec-Recyclage, qui est déjà implanté en Tunisie et aux États-Unis, a investi 35 millions de dirhams (3,13 millions d’euros) dans son usine marocaine à TFZ. L’usine, qui s’étend sur 7000 mètres carré, traitera plusieurs types de déchets industriels, comme les déchets de bois, électroniques, métalliques, et plastiques. Elle collectera ces déchets auprès des industriels, à la fois dans l’enceinte de la TFZ et dans tout le pays, puis elle exportera les produits recyclés. En 2012, l’entreprise a traité plus de 15 000 tonnes de déchets dans le monde.

« Lorsque vous analysez la typologie des déchets au Maroc, 80 % d’entre eux sont organiques, et donc pour ceux-là, on peut faire appel à des technologies comme les digesteurs, qui génèrent de l’énergie et produisent des engrais organiques à partir de ces matériaux », a expliqué Ahmed Baroudi, le directeur général de la Société d’investissements énergétiques, à OBG. « Cela peut contribuer à diminuer de coûteuses importations d’énergie, qui peuvent être remplacées par la réutilisation des déchets de matériaux organiques. » Bien que ce soit un secteur économique comme les autres, le traitement des déchets est toujours fortement sous-exploité au Maroc. Il est toujours largement effectué de manière informelle, et on estime que 10 000 personnes fouillent les poubelles et les décharges à la recherche de produits recyclables. Dans un contexte où le pays cherche à réguler davantage ces activités, beaucoup d’opportunités devraient se présenter aux investisseurs, permettant par la suite au secteur de se développer et encourager une croissance industrielle et démographique plus durable.