Desertec le revers

Le vaste projet de production d’énergies renouvelables en Afrique du Nord et au Moyen-Orient «Desertec» connaît un revers : suite à la mésentente entre différents partenaires privés, la fondation responsable a choisi de se séparer du consortium industriel DII.

Pour autant, le projet ne serait pas arrêté, mais il est à la recherche de nouvelles collaborations. Au moment où certaines parties se sont retirées, d’autres ont rejoint l’initiative. Lorsque les Européens auront décidé d’atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, il n’y aura pas beaucoup de solutions à moins qu’ils ne décident de relancer le nucléaire, ce qui, après l’accident de Fukushima et son coût (plus de 100 milliards de dollars versés aux victimes, 2,7 milliards consacrés en 2012 à la décontamination), n’est pas à l’ordre du jour. L’énergie solaire et éolienne du désert est une des solutions qui à terme sera la moins couteuse. Desertec a pour objectif de fournir 15% de l’énergie européenne en 2050. Lors du lancement de la construction de la première centrale d’un volume de 160MW du complexe solaire d’Ouarzazate, la Dii s’était félicitée avec le groupe ACWA Power que cet événement marque une étape importante pour le développement du plan solaire marocain mais également pour la concrétisation d’installation des unités de production à grande échelle dans la région MENA.

L’utopie verte commence à se concrétiser. Dès son lancement, Desertec a été considéré par certains observateurs comme mort-né du fait de ses difficultés techniques et d’un montage financier colossal. Pourtant, il présentait des potentialités importantes, notamment pour résoudre la question de la dépendance aux énergies fossiles.

Desertec a été bouleversé par le Printemps arabe. L’instabilité en Tunisie et en Egypte a restreint le champ des pays réceptifs au Maroc. Les bailleurs de fonds se sont d’ailleurs largement intéressés au Royaume puisque la Banque mondiale soutient activement les plans solaire et éolien marocains en 2010.

Ces derniers visent l’installation de 4 GW de capacités de production électrique d’ici à 2020, réparties de façon égale entre les technologies éolienne et solaire, pour un investissement total de plus de 100 Mds de DH.

Ne disposant que de ressources limitées, le Maroc dépend à 97% de l’extérieur pour ses besoins en énergie. Doté d’une ressource solaire importante, avec un niveau d’ensoleillement d’une moyenne de 300 jours par an, le pays a également des zones désertiques propices aux Centrales solaires à concentration (CSP, technologie d’avenir).

La stratégie solaire marocaine devrait permettre au pays de réduire sa facture énergétique importée et aussi de vendre une bonne partie à l’Europe qui sera son unique client.

L’effet crise…
Instabilité régionale, crise économique européenne, difficultés de la filière, Desertec cumule les handicaps.

Créé en 2009 par la fondation éponyme, le consortium européen, Desertec Industrial Initiative (DII), regroupe 57 entreprises et institutions. Son objectif majeur est d’installer 2 GW de centrales solaires et éoliennes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient d’ici à 2050, dont une partie doit être exportée afin de couvrir 15 % des besoins énergétiques européens. Séduisant sur le papier, ce projet pharaonique à horizon lointain se heurte cependant aujourd’hui à de nombreux obstacles sur le terrain. A commencer par le contrecoup de la crise économique en Europe.

En effet, certains pays partenaires, comme l’Espagne et l’Allemagne, affichent désormais d’autres priorités. En plein marasme, Madrid a ainsi dû ajourner, en novembre 2012, sa participation au premier projet de centrale thermosolaire de 150 MW au Maroc, le faisant du coup échouer. Evalué à 600 millions d’euros sur un total de 400 milliards d’euros pour les ambitions de Desertec, ce programme n’a pas survécu aux discussions complexes sur le partage des coûts entre les différents pays.

Le projet de l’espoir
Il est à rappeler que la première phase de la centrale solaire d’Ouarzazate, sera la plus importante réalisée au monde avec une capacité de production de 160 MW. Elle s’intègre au sein d’un complexe solaire qui s’étend sur 3.000 ha et qui disposera d’ici 2016-2017 d’une capacité de production globale de 500 MW. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) accompagne le projet par le raccordement de la centrale au réseau électrique national, ainsi que par l’approvisionnement du complexe en eau industrielle et potable. Ce projet, mené par MASEN (Moroccan Agency for Solar Energy), est le point d’orgue de la stratégie énergétique du Royaume, lancée en 2009 et visant à porter à 42% la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique du Maroc à l’horizon 2020. Le Maroc veut que le projet ait des effets d’entraînement sur les autres activités, notamment l’industrie locale et le transfert de savoir-faire.

Le pays a franchi plusieurs étapes pour la concrétisation du programme. Il est prévu la participation de 200 entreprises dans le projet afin d’étudier les configurations technologiques, d’élaborer les schémas institutionnels et de financement et d’enclencher le processus de pré-qualification des développeurs pour la conception, la construction, l’exploitation, la maintenance et le financement des centrales. Ainsi 19 groupes internationaux ont été pré-qualifiés pour la réalisation de la centrale d’Ouarzazate.

Rédaction