de la question des déchets au Maroc

Face à une industrie inefficace, qui ne transforme en produits finis que 25% des matières premières qu’elle utilise, émettant 75% de déchets au terme de sa production, il faut agir! Le Pr Jamal Chaouki, professeur titulaire à l’Ecole polytechnique de Montréal au Canada, a donné une conférence à l’Université internationale de Casablanca sur «Les déchets : comment régler un problème environnemental et faire beaucoup d’argent»…

Chaque année, 3,6 gigatonnes (milliards de tonnes) de déchets industriels sont produits dans le monde. Seulement 7% de ces déchets sont recyclés et le reste est enfoui, impliquant beaucoup de transport, explique le professeur Jamal Chaouki, directeur du Centre de recherche en ingénierie de procédés – Bioraffinage (CRIP) de l’Ecole polytechnique de Montréal.

Ce spécialiste donne une précision qui provoque le tournis : «le transport annuel des déchets dans les pays développés fait 10.000 fois la distance Terre-Mars»!

Ces énormes quantités de déchets générant un transport faramineux sont le fruit «d’une industrie qui n’est absolument pas efficace», reprend le professeur Chaouki, également membre de l’Académie du Génie du Canada et de l’Ordre des Ingénieurs du Québec.

Sur la base d’un schéma, Jamal Chaouki explique que seules «25% des matières premières utilisées par l’industrie aboutissent à des produits finis, les 75% restants sont des déchets auxquels viendront s’ajouter les produits finis à la fin de leur cycle de vie». Se pose alors un réel problème de gestion de ces déchets. Et pour le professeur Chaouki, la seule solution, c’est de les traiter sur place.

Mais parmi les trois méthodes existantes actuellement : le traitement thermique, le traitement chimique et le traitement biologique, le détenteur principal de la chaire CRSNG-Total sur le développement de nouveaux procédés à hautes pressions et températures, préconise le traitement thermique.

De quoi s’agit-il ? Le traitement thermique peut se faire suivant trois procédés : «combustion ou co-combustion», «gazéification» et «pyrolyse».

Combustion, gazéification…
La combustion nécessite l’utilisation de l’oxygène pour brûler les déchets qui génèrent au terme du processus du CO2 et du H2O (eau). Elle devient co-combustion quand le charbon est mis à contribution pour brûler d’autres déchets, triés, granulés, densifiés et pulvérisés en amont, tient à préciser Jamal Chaouki.

La gazéification, elle, consiste à convertir des matières carbonées ou organiques en un gaz de synthèse qui «peut être converti en carburant avec le procédé du Fischer Tropsch», dixit le professeur Jamal Chaouki.

Un projet avec l’OCP
Par ailleurs, Jamal Chaouki a dit travailler avec l’Office chérifien des phosphates (OCP) pour le recyclage du souffre utilisé pour s’attaquer aux roches, selon le processus de gazéification. Le projet est en cours de conception. Sa réalisation permettra à l’OCP de faire d’énormes économies et de préserver aussi l’environnement.

En effet, l’OCP importe 500 millions de tonnes de souffre chaque année et la tonne se vend entre 900 et plus de 1.000 dollars… De quoi réaliser de vraies économies!

Mieux, si le projet de recyclage du soufre voit le jour, il évitera à l’OCP de déverser en mer le phosphogypse -précipité solide de sulfate de calcium hydraté- qui peut dégager du radon, un gaz radioactif cancérigène et potentiellement responsable de mutations.

…Et la pyrolyse
Quant au troisième traitement thermique des déchets prôné par le professeur Chaouki, il s’agit de la pyrolyse. C’est «une réaction chimique de décomposition d’un corps organique sous l’action de la chaleur et sans autres réactifs». Ce procédé permet d’obtenir du gaz, de l’huile, ou du charbon…

Après la présentation de ces différents procédés développés par le professeur Chaouki avec la société canadienne Ecolomondo Inc., ce dernier a néanmoins tenu à souligner que le meilleur moyen de gérer les déchets, «c’est de réduire la consommation à la source, puis de recycler». En la matière, il y a encore beaucoup à faire au Maroc.

Jamal Chaouki a fait quelques révélations qui bousculent les idées reçues sur le solaire et les sacs en papier prônés comme alternative aux sacs en plastique. «Méfiez-vous des panneaux qui transforment l’énergie solaire en électricité. Total a fait des essais sérieux sur leur durée de vie. Elle n’est que de 5 ans au lieu de 15 ou 20 ans que soutiennent les fabricants». En plus, et sans donner de chiffres, il soutient que «la fabrication d’un panneau solaire nécessite plus d’énergie que le panneau, lui-même, en produit durant toute sa vie». Les promoteurs du Plan solaire marocain apprécieront…

Le professeur Chaouki explique aussi que «le sac en plastique (tant décrié pour sa nuisance ) endommage moins l’environnement que le sac en papier, si on analyse leur cycle de vie, selon la “théorie du berceau au tombeau».