Carrières de sable victimes de pratiques anarchiques

La situation qui prévaut depuis quelque temps dans certaines régions du Royaume, augure d’un changement dans les relations entre les acteurs économiques disposant d’autorisations d’exploitation des carrières de sable et les habitants des douars voisins des carrières, consistant à passer du grand souci de réalisation du développement durable à la création de tensions sociales jamais vécues depuis presque 15 ans, date du début de l’investissement dans ce secteur porteur.

DÉCIDÉMENT, la polémique sur le sable de dragage ne cesse d’enfler et laisse paraître son impact sur l’environnement entraîné par le dragage des fonds littoraux. Un sujet qui prend de l’ampleur au moment où le gouvernement montre ses ambitions pour remédier à cette anomalie qui prend une allure dramatique. Et partant réfléchir sur la mise au point d’un texte qui serait destiné à rationaliser l’exploitation des carrières et prévenir les pillages.
Dans la précédente version de la loi 08-01, promulguée en septembre 2002, il n’était question que de dragage d’entretien. Dans son article 1er, la nouvelle mouture parle de «carrières sous-marines», qui sont situées en mer, sur les cours d’eau ou dans les estuaires et dont l’exploitation se fait par dragage.
Les scientifiques redoutent que l’introduction de la notion de dragage d’exploitation dans la loi ne soit destinée à banaliser cette activité. Alors que c’est la loi qui devrait définir le dragage, ses conditions d’approche, les qualités du produit à vendre, le site exact…
L’activité donc de dragage de sable, en tant que carrière sous-marine ,est lourde de conséquences.
Contrairement aux carrières, le littoral fait partie du domaine maritime, sauf si le gouvernement veut privatiser ce domaine public alors que les carrières sont des propriétés privées . Ce qui est contradictoire avec le code minier (dahir du 14 juillet 1914). Dans 99% des cas de par le monde, l’exploitation sous-marine du sable relève du code minier parce qu’il est considéré comme une mine. Il n’y a qu’au Maroc où l’on a transformé cette activité en carrière à ciel ouvert.
En attendant la promulgation de la loi 08-01, le gouvernement vient d’adopter le projet de loi 10-11 modifiant et complétant l’article 517 du Code de procédure pénale. L’amendement de cet article consiste à criminaliser le pillage du sable de mer, des dunes et du littoral. Un phénomène estimé à 20 millions de m3 par an, alors que les quantités déclarées sont estimées à seulement 8,5 millions de m3 environ, dont 3,5 millions sont extraits de carrières autorisées.
Par conséquent, la problématique du dragage du sable et son impact sur l’environnement de manière générale commence à préoccuper la société civile.
Dans cette optique les conséquences du dragage sur le littoral sont de nature à désertifier les plages et rendre caillouteuse son espace. C’est dans le cadre d’une activité conditionnée par des pratiques d’exploitations illégales dans le secteur que les habitants des douars Khmiss Oulad ElHaj, dans la région de Kénitra ,jouxtant les carrières de sable, avaient toujours bénéficié des revenus en nature oscillant entre 350 à 400 DH par jour, que les propriétaires des carrières versent en guise d’indemnités pour les dommages causés par les opérations de transport du sable et le bruit des véhicules utilisés.
Quelque 150 familles des douars Zaouiat Rtnana, Oulad Taher Abdellah, Lakwader et Sidi Said bénéficiaient également de ces indemnités dans la région de Safi. Les revenus perçus par la commune rurale de l’ancienne Essaouira en contrepartie de l’exploitation des carrières de sable s’élevaient à 12.000 DH par jour. Les travaux sont suspendus à cause des contestations continues des habitants de la région contre l’exploitation abusive des carrières de sable et la violation des textes de loi régissant le secteur.
Les habitants de cette région avaient également présenté une pétition portant quelque 100 signatures sur les dommages causés par l’exploitation des carrières sur l’environnement et la santé humaine, ainsi que ses impacts sur les infrastructures de la région (routes, ponts et pistes).
La pétition faisait état également des infractions commises lors de l’exploitation des carrières, en l’occurrence le non respect des horaires de travail et des quantités légales de sable à transporter conformément aux cahiers des charges. Les signataires de la pétition soulignent la nécessité de trouver une formule qui consiste à investir les revenus des carrières dans des projets de développement de la région.
L’exploitation des carrières s’opère conformément aux cahiers de charges environnementaux et d’exploitation, indiquant ainsi que les pertes subies suite à la suspension des travaux vont de 250.000 à 300.000 DH par jour. Dans ce contexte la direction régionale du ministère de l’équipement et du transport a, pour sa part, affirmé qu’elle suit de près l’évolution de la situation des carrières au Maroc. Malgré l’unanimité des opinions aujourd’hui sur l’anarchie qui sévit dans ce secteur, les tensions sociales suscitées remettent en question la relation entre les propriétaires des carrières et les habitants des douars qui les avoisinent.
Et c’est ainsi que doit subvenir un cadre législatif eu égard à la constitution qui garantit le droit des individus à bénéficier du développement durable et à vivre dans un environnement sain.